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EMI Possible de Yann D

DESCRIPTION DE L'EXPERIENCE :

Je ne sais pas comment cette expérience, qui fut d'une grande intensité, peut être considérée. Je vous laisse juge de son intérêt éventuel dans le cadre de vos recherches.

J'avais 7 ou 8 ans et subissais l'opération de l'ablation des amygdales. L'anesthésie avait été effectuée par l'application d'un masque contenant un gaz dont je ne connais pas la nature. Cette expérience en elle-même, la force avec laquelle ce masque était imposé sur mon visage comme pour m'étouffer, avait été traumatisante, ressentie comme un acte de violence.

Sans transition, je me suis retrouvé dans l'espace étoilé.

Cet espace était d'un noir, comme l'ébène, qui n'avait pas la teinte un peu bleutée de notre ciel de nuit. Cependant, cette immensité n'était pas opaque, ni obscure. La noirceur possédait une qualité intrinsèque lumineuse qui permettait d'en saisir l'étendue infinie.

Une multitude d'étoiles remplissait cet espace. Leur nombre était bien supérieur à celui des astres que l'on peut voir la nuit. Elles étaient très volumineuses, mais distantes, ayant des tailles variables. Leur luminosité était vive et blanche, d'un éclat que l'on pourrait comparé à un mélange de chrome et de diamant.

J'étais entraîné à travers cet espace à une vitesse vertigineuse. L'objet qui m'entraînait – je dis ""objet"", mais je ressentais cette chose comme une entité – était une énorme masse sans forme définie, malléable, d'une taille au moins cent fois supérieure à la mienne, et à laquelle je m'accrochais désespérément. Cette forme était de couleur rose. Pour la concevoir, il faut imaginer un nuage, qui aurait la consistance d'un chewing-gum assez ferme et non collant, dont la forme et les contours changent un peu tout en gardant une intégrité. On pourrait aussi la comparer à une sorte de muscle en pâte à modeler, doué d'une volonté propre.

Une lumière nous éclairait. Elle était d'une puissance et d'une blancheur presque matérielle, non directionnelle. La qualité de cette lumière était en rapport avec celle qui donnait à l'obscurité une luminosité interne.

J'enlaçais désespérément la forme qui m'entrainait à un vitesse folle, avec la crainte de me retrouver abandonné dans cet espace étrange si je la lâchais. Cette masse rose était énorme, mais elle se déformait entre mes bras, et je pouvais en serrer ainsi une petite protubérance contre mon corps. Cependant, il me fallait ajuster régulièrement ma position car la matière un peu molle m'échappait à la longue.

J'avais peur, et cette masse que je ressentais comme une entité était exactement ce qu'une planche de salut serait à un naufragé en mer. La vitesse de déplacement était pharamineuse, effrayante.

Jusqu'à mon réveil, ce voyage dans cet étrange espace s'est prolongé sans évènement ni interruption.

Après l'opération, dès que j'ai pu parler, je n'avais qu'un besoin : celui de raconter cet expérience. Je me souviens que ma mère, comme toutes les personnes à qui j'ai tenté de décrire ce que vous venez de lire, n'a pas manifesté le moindre intérêt pour cette expérience. Je dis bien cette ""expérience"", car ce que je voulais faire comprendre, partager, c'était la sensation de ne pas avoir fait un rêve mais d'avoir vécu une expérience étrange.

Adolescent, je me souviens d'avoir tenté plusieurs fois d'en parler, avec toujours le désir et le besoin de communiquer une expérience trop intense, trop lourde à porter, pour la garder en moi sans la communiquer. En vain. Toujours en vain.

Aujourd'hui encore, cette expérience ne me reste pas comme un souvenir, mais plutôt comme une inclusion. Non pas comme un fragment parmi les évènement dont s'emplit ma mémoire, mais comme une parenthèse, comme une anomalie dans le cours de ma vie.