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Ce long tunnel obscur qui mène aux frontières de l'au-delà.  Jean-Yves Nau

LE MONDE | 18.12.01 | 16h09 | chronique

PARVENU aux frontières qui séparent la vie et la mort, le cerveau humain continue-t-il à fonctionner et, si oui, de quelle manière ? A quoi peut-on raisonnablement attribuer les troublantes perceptions sensorielles que rapportent ceux qui ont vécu ce que la littérature scientifique dénomme Near Death Experience (NDE) et qui, en dépit des progrès de la neurologie, demeurent à bien des égards mystérieuses ? Tous les témoignages de NDE recueillis à travers le monde depuis quelques décennies sont similaires. Toutes les personnes concernées racontent ainsi notamment la sensation qui fut la leur de parcourir un long tunnel obscur, de quitter leur corps, d'assister  aux efforts médicaux pour les réanimer, de rencontrer des proches décédés. Elles expliquent aussi l'émergence d'une mystérieuse entité faite de chaleur, de lumière et de tendresse et la perception d'une frontière symbolique séparant la vie terrestre d'un au-delà.

Les thanatologues ont également noté l'étrange ressemblance entre ces témoignages et les sensations induites par certaines pratiques mystiques de méditation profonde. Pour tenter de percer ces mystères, un groupe de cardiologues de l'hôpital Rijnstate d'Arnhem (Pays-Bas) a entrepris la première étude prospective sur ce thème dont l'hebdomadaire britanniqueThe Lancet a publié les premiers résultats dans son édition du 15 décembre.

L'équipe a enquêté durant plusieurs années auprès de 344 personnes âgées de 26 à 92 ans hospitalisées pour avoir été victimes d'accidents cardiaques gravissimes et qui sont restées durant quelques minutes dans un profond coma avant, finalement, de pouvoir être réanimées et sauvées. Parmi elles, 62 ont expliqué avoir vécu une NDE. Pour 41 de ces patients, cette expérience est apparue particulièrement profonde. Les chercheurs ont alors entrepris d'analyser toutes les données, médicales ou non, dont ils disposaient pour tenter de comprendre qui était prédestiné à faire un tel voyage et à en garder la mémoire.

Leur bilan décevra tous ceux qui postulent qu'une approche rationnelle peut rendre compte de phénomènes qui peuvent être qualifiés de paranormaux.

Les auteurs de la publication du Lancet reconnaissent ainsi que rien ne permet de distinguer ceux qui connaîtront une NDE des autres, qu'il s'agisse de la durée de l'arrêt cardiaque, du type de prise en charge médicale, ou encore de la peur ou non de mourir au moment de l'infarctus.

Ils sont parvenus en revanche à identifier différents niveaux dans l'intensité du phénomène et observent d'un point de vue statistique, sans en tirer de conclusions particulières, que les NDE les plus profondes sont rapportées par des malades qui, le plus souvent, décèdent dans le mois qui suit leur accident cardiaque. "Nous ne savons pas pourquoi si peu de patients connaissent une NDE après une réanimation cardio-vasculaire", concluent-ils, ajoutant que, si la sensation d'aller un instant à la rencontre de l'au-delà n'était que la conséquence de facteurs physiologiques – comme la privation du cerveau en oxygène -, une proportion notablement plus élevée serait retrouvée chez ces malades. Ils souhaitent que de nouvelles recherches soient lancées pour saisir, enfin, les mystères que peuvent garder le corps et l'esprit humains.

Jean-Yves Nau

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.12.01