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Du Nouveau sur la Vie après la Mort

Chaque année, des centaines de personnes émergent du coma, persuadées de savoir ce qu’il y a après la mort. Et la nouveauté, c’est que, désormais, des médecins s’intéressent à leurs témoignages. Avec l’espoir d’en apprendre davantage sur la conscience.

Par Véronique Grousset

Depuis l’Antiquité, c’est toujours le même récit ou à peu près : après une période plus ou moins longue de coma, le patient revient à lui avec la certitude d’avoir vécu une curieuse expérience de « décorporation » : l’impression de quitter son corps par la tête puis de le survoler avant de s’élancer vers les nuées, en direction d’un tunnel de lumière éblouissant. Convaincues d’être mortes, ces personnes n’en éprouvent aucun regret : elles ne ressentent au contraire (le plus souvent) qu’un merveilleux sentiment de plénitude, d’omniscience, d’amour et de bien-être … jusqu’à ce que l’image d’un proche décédé, ou d’un ange, leur enjoigne de retourner d’où elles viennent.

Aussi troublants par leurs similitudes que par la symbolique religieuse qui s’en dégage, de tels récits abondent depuis que l’écrit permet de les consigner. Platon en faisait déjà mention. Montaigne, Jung et Teilhard de Chardin ont décrit, chacun leur propre expérience. Et de nos jours étant donné les progrès réalisés en matière de réanimation et de communication, on ne compte plus les associations, les livres, ou les sites Internet consacrés au recueil des témoignages de personnes – inconnues ou célèbres – affirmant avoir vécu une « NDE » (« Near Death Experience » : appelée « EMI » - « Expérience de mort imminente » - ou « EFM » - « Expérience aux frontières de la mort » - en français). Mais la nouveauté aujourd’hui, c’est que la science aussi s’y intéresse ; et plus seulement une poignée d’individus isolés, psychiatres ou gourous, travaillant sur des récits recueillis trop tardivement et sans vérifications. Voilà plusieurs années qu’aux Pays-Bas, en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, des équipes de médecins hospitaliers (généralement cardiologues) obtiennent les autorisations nécessaires pour mener des enquêtes rigoureuses, statistiques et prospectives, mais aussi neurologiques et biologiques, sur les symptômes et le suivi des patients qui traversent un épisode de « mort clinique » et qui en reviennent.

Deux de ces études – l’une anglaise et l’autres hollandaise – ont été récemment publiées par la célèbre revue médicale britannique The Lancet : ce qui témoigne déjà de l’évolution notable de l’état d’esprit de la communauté scientifique à l’égard des NDE. La sincérité des « expérienceurs » n’est plus mise en doute ; et leurs récits ne sont plus évacués comme relevant de simples phénomènes hallucinatoires.

Les chercheurs font désormais bien mieux qu’établir de simples statistiques à leur sujet, ou que les écouter à posteriori : chaque fois que l’un de leurs patients sombre dans le coma et que son électroencéphalogramme devient momentanément plat, avant même de savoir s’il en réchappera (35% des cas), et sans être sur qu’il en conservera le souvenir, ces médecins procèdent à de nombreux examens et consignent absolument tout ce qui se passe dans la pièce et sur leurs appareils, minute par minute.

Dans quel but ? Afin de pouvoir répondre, une à une, aux principales questions que soulèvent les NDE, de façon à écarter celles que les connaissances médicales actuelles permettent d’expliquer, et de se consacrer ainsi pleinement aux autres : celles qui relèvent encore du mystère.
La première de ces questions concerne la similitude des récits et leur caractère religieux (quelles que soient la confession ou les croyances des « N-déistes »). Un phénomène beaucoup moins étrange qu’il n’y paraît. On sait en effet depuis longtemps que des illusions semblables (impression de voler, chaleur et bien-être, décorporation, sensation de voir défiler toute sa vie en accéléré, lumière éblouissante) peuvent être provoquées par certaines drogues (kétamine, ibogaïne) à la composition proche des enzymes libérées par le cerveau lorsqu’il se trouve en état d’asphyxie.
Quant au caractère « divin » des images évoquées (l’esprit qui s’élève dans les cieux, le tunnel de lumière, les anges, la sensation d’amour universel), vu l‘ancienneté des NDE, il n’est pas interdit de penser que, loin de prouver la « justesse » des iconographies religieuses, les témoignages des premiers « N-déistes » en seraient, en fait, à l’origine…

La deuxième question, telle que la pose dans The Lancet, le professeur Van Lommel, directeur de l’enquête hollandaise, est nettement plus troublante : « Comment un individu peut-il conserver des souvenirs précis de ce qui s’est passé hors de son corps à un moment où il se trouvait en état de mort clinique, avec un cerveau totalement inactif et un encéphalogramme plat ? ».

Car les plus récents travaux ont bel et bien permis d’établir que certains des souvenirs évoqués à leur réveil par les patients concernaient des faits, propos ou gestes, survenus au moment précis où leur activité cérébrale était nulle : ce qui balaie la vieille hypothèse selon laquelle la NDE ne serait qu’une sorte de rêve, affluant dans le cerveau au moment de la sortie du coma. Sauf que là aussi, une réponse existe : « Si le sujet s’est réveillé, c’est qu’il n’était pas mort », observent les rationalistes en suggérant ainsi que, même dramatiquement ralenti, le cerveau fonctionnait encore : assez pour enregistre des sons ou des douleurs, et les restituer au moment du réveil.

LES CHERCHEURS TRAQUENT UNE PREUVE

Ne reste donc qu’une troisième question, la plus abracadabrante : celle des « souvenirs » relatifs aux instants où les comateux affirment avoir « survolé » leur corps. Et notamment les visions qu’ils décrivent, sous un angle impossible, ou à travers des matières opaques, alors qu’ils ne pouvaient de toute façon rien voir ! Certains rescapés ont ainsi fourni d’incroyables détails sur le bloc opératoire, vu d’en haut, depuis la tenue des infirmières jusqu’à la forme de leurs instruments en passant par la lecture d’inscriptions situées sous les meubles.

D’autres racontent les suites de leur accident, exactement comme elles se sont passées, alors que leur corps gisait sous un camion ou dans un fossé, face contre le sol. Mais ce type de témoignages pose tout de même un problème… Aucun d’eux n’a jamais pu être recueilli dans des conditions suffisamment rigoureuses (avant que l’intéressé ait pu se rendre sur les lieux, ou être renseigné par autrui) pour que la communauté le juge recevable. Les chercheurs hollandes en ont bien raté un de peu (l’homme venait de sortir de l’hôpital après n’avoir parlé qu’à l’infirmière qu’il avait spontanément reconnue comme ayant « rangé son dentier » avant de l’intuber), mais à ce jour, en tout état de cause, la « preuve » de telles visions n’existe toujours pas. C’est donc elle que les chercheurs traquent aujourd’hui, en plaçant dans leurs blocs des objets visibles uniquement du plafond (dont des cibles au sommet des armoires), avec l’espoir qu’un futur N-déiste pourra bientôt les leur décrire.
Un espoir débouchant sur d’incroyables perspectives : « Si les futures études parviennent à fournir une telle preuve, écrit en effet le commentateur du très sérieux Lancet, cela représenterait à coup sûr le plus extraordinaire des défis pour les tenants d’une explication non paranormale des NDE. »
Ainsi qu’une formidable avancée pour la science.

Car ce qui est en jeu, ce n’est pas tant de savoir s’il existe une vie, et de quelle nature, après la mort : mais d’établir si la conscience peut exister selon un mode et dans un espace-temps qui nous sont encore inconnus : hors du corps, sans l’aide du cerveau, peut-être sous forme d’ondes.
Ce qui est en jeu, c’est la localisation de la conscience, son fonctionnement, ses éventuelles capacités secrètes : « Tout un champ de connaissances qui s’ouvre à la science » ainsi que le résume avec enthousiasme le docteur Sam Parnia, chef de l’équipe des chercheurs anglais.

Ce que l’on sait des « N-déistes »

L’abondance des témoignages permet d’affirmer que n’importe qui peut connaître une NDE : homme ou femme, vieillard ou enfant, de toute race, culture ou religion, croyant ou athée, redoutant la mort ou pas. Il y a cependant de légères différences selon l’âge et le sexe. Plus les sujets sont jeunes, et plus l’incidence du phénomène est élevée : 85% chez les enfants, 48% chez les quadragénaires, 43% chez les quinquagénaires, 18% chez les plus de 60 ans. Quant aux femmes, il semblerait qu’elles connaissent des NDE « plus profondes » que le hommes. Mais ce qui unit les « N-déistes » est encore plus curieux que ce qui les distingue : deux à cinq ans après, ceux qui survivent (la moitié d’entre eux décèdent dans les six mois) ont tous acquis une forte empathie envers autrui, et une absence totale d’appréhension pour la mort. Au même titre, certes, mais beaucoup plus profondément et systématiquement que les rescapés d’une maladie ou d’un accident graves sans NDE.