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EMI de Kate D

DESCRIPTION DE L'EXPERIENCE :

Je me suis suicidée mais j’ai été renvoyée. Mon EMI a consisté en un étrange passage en revue des évènements de ma vie. Je l’avais mis par écrit et je vais citer ici les éléments essentiels :  

(Ci-après, ma lettre de suicide donne le contexte) 

« Il semble qu’il n’y ait jamais de raison suffisamment bonne pour vouloir se suicider. Pour quelqu’un de normal qui souhaite vivre, le suicide apparaît comme une idée absurde et « malsaine ». Si l’on peut comprendre qu’une personne ne puisse endurer qu’une certaine quantité de souffrance, lorsqu’une grande dose est subie régulièrement, cela finit tout simplement par la dépasser. Autrefois je me demandais comment quelqu’un pouvait être brisé au point de vouloir arrêter de vivre. Je pensais que si on lui en laissait le temps, un cœur brisé pouvait finalement se rétablir. De même, un esprit brisé pouvait ne jamais apprendre totalement à vivre, mais il pouvait essayer.  

Je n’avais jamais envisagé une âme fracassée. Fracassée, pas brisée. Brisée implique en effet qu’une réparation quelconque puisse remédier aux dommages.  Fracassée veut dire au-delà de toute réparation. J’ignorais qu’une telle chose existât jusqu’à ce qu’elle m’arrive. Une âme fracassée est le résultat d’un cœur brisé qui ne guérit pas, d’un esprit brisé qui abandonne pour de bon. Cette quantité de souffrance et d’échec, combinée à une lutte permanente pour simplement survivre au « Pourquoi ? », se réverbère sur les murs de l’éternité et revient en une vacuité amplifiée. Le résultat fracasse l’âme en millions de petits éclats.  

Je suppose qu’il vaut mieux commencer par la fameuse goutte qui fait déborder le vase. Ce fut un courrier haineux. .. Courrier haineux du père de mon fils. Bien-sûr vous pourriez sauter sur cette dernière phrase. Vous supposez probablement qu’il s’agit d’un genre d’ex. Ce n’est pas le cas. Il s’agit du père adoptif de mon fils. Ce n’était pas une adoption sous X et le père adoptif de mon fils m’a envoyé un courrier haineux. C’est moi qui ai commencé.  En fait ce n’était pas vraiment un courrier haineux, plutôt un courrier de frustration, un courrier du genre : vous-m’avez-menti, menacée, volé-mon-enfant-et-fait-croire-à-tout-le-monde-que-vous-êtes-un-héro-alors-que-vous-me-violez-émotionnellement.  

Au fait, je ne réclame aucune action, je veux juste être entendue. Je veux seulement expliquer pourquoi je pense que tout mon entourage se porterait mieux si j’étais morte. 

Eh bien voilà ! Je vivais avec Clay, mon mari, j’avais deux enfants de lui, Amara, 6 ans et Jack, 5. Alors que ma vie de couple était agressive, que nous étions pauvres, on m’a dit de rester sinon j’allais perdre mes deux aînés. Mon mari ne faisait pas de difficultés concernant  Christian ou Alex, que j’avais eu d’un autre homme, Eddie. Mais il y a eu des agressions contre Christian qui n’avait que 10 mois.   

J’ai trouvé un emploi chez Burger King une semaine après la naissance d’Alex, pensant que j’allais pouvoir épargner suffisamment pour louer un mobile home à 65 $ par semaine. J’aurais ainsi pu déménager. C’était en Géorgie du Sud et, même si mon mari avait des amis bien placés qui allaient lui obtenir la garde exclusive d’Amara et de Jack, j’allais quand-même conserver un droit de visite. Je pouvais avoir des tickets de nourriture et une allocation de parent isolé pour me charger du reste. C’était un plan permettant un nouveau départ pour mes enfants et moi-même.  

Je suis allée chez Burger King pour ma première journée. Le gérant m’a prise à part pour me demander si je venais d’avoir un bébé. Je lui ai répondu oui. Il a dit que je pouvais revenir quelques semaines plus tard, que ce n’était pas sain pour moi d’être là avant d’avoir récupéré. J’éprouvais un sentiment de trahison et de sabotage. Je me suis demandé qui pouvait l’avoir appelé. Les seules personnes au courant étaient la famille de mon mari (j’ai appris plus tard que ce sont les Services de Santé qui avaient appelé. L’infirmière en chef étant inquiète pour moi). Je n’avais plus aucun plan. Je voulais partir aussi loin que possible. Je ne voulais pas que Christian ou Alex soient stigmatisés parce qu’ils auraient été « touchés » par cette affaire, j’ai donc soupiré un grand coup et je suis repartie au Colorado, contre ma volonté, en laissant les deux autres enfants derrière moi.   

J’avais prévu de trouver un emploi, mais le mal s’est vraiment vite transformé en pis. J’ai fini par coucher dans ma voiture pendant deux semaines. Alex avait trois semaines et le cordon ombilical s’était infecté. Même Christian est tombé malade et j’ignorais quoi faire. Je ne pouvais pas continuer à vivre dans une voiture avec un bébé de 10 mois et un nouveau-né. 

J’ai pensé et repensé à ce qui serait le mieux pour eux deux. Je connaissais quelqu’un qui pouvait me tirer de ce pétrin. J’avais envisagé les options tout au long de ma grossesse, l’adoption m’était venue à l’esprit plus d’une fois. J’avais essayé de prendre particulièrement soin de moi-même pendant la grossesse afin que le bébé soit en bonne santé.   

J’avais même prié pour une adoption, mais rien ne pouvait me préparer à perdre mon cœur. Même lorsque j’essayais de bien faire, quelqu’un finissait par en pâtir. C’est ainsi que les choses en sont arrivées au point où elles en sont. Je mets la pagaille en essayant d’améliorer les choses. Que c’est dur ! Je me suis brisé le cœur en tentant d’aider mon fils nouveau-né. Je l’ai abandonné à l’adoption, rendant sa vie encore pire. Suis-je davantage blessée que je ne le devrais ? Devrais-je ressentir moins de souffrance et d’angoisse émotionnelle sur ces sujets. Je me sens violée émotionnellement …  

Même si tel est mon sort, ces situations semble faire partie de ma vie d’aussi loin que je me souvienne. Je ne sais pas pourquoi, je semble incapable d’échapper à cette vie.... 

J’ai subi tant de vicissitudes que je ne peux pas les raconter toutes. J’ai fait tant de mauvais choix que je possède probablement l’un des dossiers de péchés les plus exhaustifs jamais enregistrés au paradis. Leurs pages maculées derrière-moi crient pour être entendues et constituent un testament. Parmi tous mes péchés se trouvèrent quelques moments de vertu. Au cours d’un de ces instants, j’ai essayé de prendre la plus difficile décision de toute ma vie. Je l’ai fait sous l’orientation et à la demande pressante du Saint Esprit et Son conseil n’est entaché d’aucun défaut.  

Ma vie était alors totalement au point mort. J’avais vécu dans un état permanent d’instants tempétueux, d’actions irresponsables, d’immaturité et j’en ai subi les conséquences. En contemplant le chaos tourbillonnant autour de moi, j’ai aperçu un havre de paix. Il fallait soit prendre la décision de plonger un autre bébé dans mon monde de chaos, soit essayer de lui fournir un foyer où il aurait la stabilité qu’il méritait. 

Tant de pensées m’ont alors traversé l’esprit. Je portais cette petite vie. Je voyais les contours de son pied bouger à la surface de mon ventre gonflé. Chaque jour je souhaitais que mon environnement soit différent. Je m’endormais en pleurant. Peu importait qu’il ne soit qu’un nouveau-né. Il faisait partie de moi, mon bébé. Il comportait une part de l’homme que j’avais aimé plus que tout autre. Il constituait aussi la seule fratrie du même sang que Christian. Amara et Daniel étaient suffisamment grands pour comprendre et se rappeler qu’ils avaient un petit frère. Qu’allait-il leur arriver ?   

Finalement, la voix criant le plus fort fut celle d’Alex. J’étais SDF. Mon couple générait une suite ininterrompue d’agressions, de violences, de pauvreté et d’adultère. L’égoïsme avait présidé à la conception d’Alex. La générosité devait définir sa vie. J’ai écouté le Saint-Esprit (l’une des seules fois où je l’ai fait) et j’ai donné une nouvelle vie à Alex. Une vie pleine d’espoirs et de promesses. J’ai tenté de lui fournir tout ce dont je pensais qu’il allait manquer si je le gardais avec moi. J’ai pensé faire la même chose avec Samuel, mais la force m’a manqué.  

J’ai trouvé un peu de réconfort dans le fait que je le confiais aux parents que j’aurais choisi pour moi-même. J’ai reçu de Graves et Lilith l’assurance de recevoir au moins des photos de ses progrès de temps en temps. Je ressentais une légère fierté d’avoir pu mettre mes sentiments de côté, sans tenir compte de ma douleur, d’avoir mûrement pris une décision pour la vie de ce petit nouveau-né. Il dépendait de moi pour sa protection et j’avais le sentiment de le faire de la meilleure manière possible à ce moment-là.  

Je ne sais pas exactement pourquoi Lilith a décidé de ne pas tenir parole, mais j’ai appris que j’allais être coupée de mon fils, sans photos ni nouvelles… on m’a dit qu’elle agissait sur les conseils d’un ami de son église qui avait dit que j’allais essayer de reprendre Alex ou d’interférer etc. Je me suis alors posé des questions. Il était finalement plus facile que moi ou le médecin dise simplement à mes enfants qu’il n’y avait plus d’Alex. Amara a demandé s’il était mort. Il serait mieux pour eux qu’ils le croient. Au moins cela clôturait le sujet. Ils allaient pouvoir faire leur deuil et avancer. J’ai tellement regretté de leur avoir donné l’espoir qu’ils allaient pouvoir régulièrement constater les progrès d’Alex. Je me sentais émotionnellement violée. La femme que j’avais admirée était hypocrite. Pire, elle m’avait menti. Pas un petit mensonge, un GROS. J’étais trahie dans un domaine tellement intime, si intensément lié à la confiance. Je n’avais aucune idée sur la manière d’y faire face. Je n’allais plus jamais avoir de nouvelles. Si Grave m’informait cela pouvait très bien signer la fin de son couple. Dire simplement qu’il était mort signifiait que je n’en étais pas responsable.  

Ma tentative d’auto-préservation et de protection émotionnelle de mes enfants a été interprétée comme une maladie mentale grave. Intérieurement, je m’effondrais. Mon monde n’était pas Alex. J’avais pris une décision. En fait je comprenais bien les limites et la signification de l’adoption. La stabilité perçue dans leur vie se répercutait dans la mienne. Voilà ce que j’ai eu le sentiment de perdre. Pas seulement des nouvelles et des photos. Mais l’illusion qu’il s’agissait d’un foyer chrétien. Qu’on pouvait rompre ses promesses. Il y avait eu la promesse qu’elle serait au rendez-vous pour déjeuner,  puis la promesse que c’était une adoption libre et qu’elle donnerait des nouvelles et des photos. 

J’imagine que la première trahison aurait dû m’indiquer qu’une autre plus grave allait suivre. Alex a été abandonné à l’adoption afin qu’il fasse partie d’une famille stable. Pour ma part,  je pensais que Lilith était entièrement fautive. C’était elle qui n’était pas raisonnable, elle qui était agressive, elle qui avait rompu sa promesse. Elle était la païenne. Je ne voulais voir aucune faute chez le médecin. Il avait été mon héros.  

Mes perspectives ont changé au cours des années. Certains éléments de la situation se sont dégradés plus que jamais, tandis que d’autres se sont améliorés. En fin de compte, j’avais été profondément et amèrement trahie à la fois par le médecin et par Lilith. J’ai appris plus tard que le médecin souffrait de démence. J’ai finalement dû faire le deuil d’Alex et de mon appréciation du médecin. Quant à Alex, le jour où je l’ai tendu aux Graves, une partie de lui est restée avec moi tant que j’ai eu des nouvelles. Celles-ci ont empiré avec le temps, Alex a échoué en maison de redressement puis en prison, ayant été détruit par la façon dont il a été élevé. Jusqu’à sa mort, le médecin n’a accepté aucune responsabilité pour le rôle qu’il a joué dans le destin d’Alex. Ayant fréquenté Graves, je regrette maintenant la perte de la perception que j’avais de lui. Peut-être est-ce ma perspective qui est biaisée, mais étant donné qu’on vit et contrôle ses actions en fonction de ses perceptions… J’aimerais pouvoir revenir en arrière et corriger les choses. Mais je n’en ai pas la faculté, désolée. 

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Je me souviens d’avoir été entraînée dans un beau tribunal qui ressemblait plutôt au  Colisée. Cela a commencé alors que je dérivais, peut-être à cause de la perte de sang (je me suis profondément entaillé le bras et j’ai perdu beaucoup de sang). J’avais la sensation que l’énergie était extraite hors de mon corps par le visage, puis par la poitrine. Je me rappelle avoir pensé que je convulsais, mais mon corps restait immobile. C’était comme si mon énergie ou substance était sortie de force de mon corps. Mais je n’ai pas vu de tunnel, je me suis simplement retrouvée dans un immense tribunal. Je vous préviens, j’ai vécu une vie exceptionnellement douloureuse, si vous êtes sensible, ne lisez pas : 

« Le tribunal était gracieusement disposé, de conception à la fois élégante et impressionnante. L’ameublement était distingué, ancien monde, construit par des artisans talentueux et fait de matériaux ressemblant à l’albâtre et au marbre. Le siège lumineux du juge s’élevait au-dessus de tout le reste dans la pièce, reflétant l’autorité de Celui qui présidait.         

Du verre superficiellement transparent couvrait le sol, reflétant tout objet dans la pièce avec une précision ahurissante. En toute autre circonstance, l’espace aurait paru froid, impersonnel, mais un flot de chaleur rayonnait de chaque surface. » 

Je ne parvenais plus à cacher ma colère. Sans réfléchir, je me suis mise à hurler contre les injustices qui m’avaient intégralement spoliée toute ma vie. 

« Vous avez dit que mon père était contrarié, qu’il a commencé à se demander combien de temps de travail il allait perdre à cause de moi ? C’est de sa faute ! S’il s’inquiétait de quelque chose, c’est plutôt que son sale petit secret puisse être révélé ! Où étiez-vous ? La première fois que j’ai été agressée j’avais quatre ans. Agressée violemment, maintenue allongée contre mon gré et violée ! Quatre ans ! Où étiez-vous alors ? « A la vitesse de l’éclair, mes mains ont recouvert ma bouche. Ne venais-je pas de hurler contre le Juge, contre Dieu, le Créateur du paradis et de l’univers ? Horrifiée, j’ai attendu d’être transformée en poussière. 

Aucun éclair n’a jailli de ses yeux, aucune parole haineuse n’a franchi ses lèvres. Je suis restée où je me trouvais sur le banc des accusés, pas de poussière, de feu ou de flammes. « Regardez-moi » il parlait d’une voix basse et douce. 

« Je ne peux pas » ai-je grincé. J’avais trop honte et trop peur pour bouger. 

« Vous le pouvez » a-t-il répondu d’une voix apaisante, engendrant alors en moi tant d’amour et de confiance. Il a tendu la main vers le banc, me communiquant sa force. Il m’a de nouveau encouragée : « Regardez-moi ». 

Lorsque mon regard mouillé de larmes a rencontré le sien, j’ai vu le moment du viol de son point de vue. J’ai vu son cœur gonfler à éclater de tourments et de souffrances. J’ai vu le Créateur de l’Univers hurler de douleur. Il a tendu la main vers moi à travers le temps et l’espace, il a pris ma petite main dans la sienne. Pendant le viol, il a rayonné amour et réconfort à travers mon petit corps de quatre ans. Sa main géante, si pleine de lumière et de rayonnement, me faisant paraître plus petite encore. Nous avons enduré cet instant ensemble, le Créateur et moi, tous les deux trempés de larmes et emplis d’une souffrance à briser le cœur. A travers ma faiblesse, il m’a donné Sa propre force. 

*****Une grande partie de l’EMI s’est déroulée ainsi, des parties de ma vie défilaient et Dieu (ou celui que j’ai considéré comme Dieu) expliquait (je savais plutôt que je ne voyais les choses)  ce qui s’est réellement passé. La fin de mon EMI suit (à nouveau extraite de mes écrits, oui je sais c’est peu glorier, mais vous avez demandé et je ne vois pas de meilleure manière  de le décrire. Au fait, je suis alors face à quelqu’un identifié comme Jésus) : 

Je l’ai fait. Ce fut un moment de destruction et de défaite personnelle. J’ai été amenée aux derniers instants de ma vie lorsque j’ai tenté en vain de soulager la douleur et la culpabilité écrasantes en mettant fin à mes jours. Le procureur et le tribunal ont paru se dissoudre autour de moi. 

Je venais de terminer la lettre. J’étais pelotonnée, brisée, tandis que le sang rouge tachait le drap sur mon lit, formant une flaque petite mais profonde au-dessous de moi. J’étais stupéfaite de la vitesse du flot jaillissant de l’entaille que je venais de me faire au bras. 

J’avais voulu me faire mal. J’avais souhaité mourir et j’avais pratiqué une entaille longue et profonde. Terrifiée, j’ai regardé le sang jaillir de la nouvelle blessure. A cet instant j’ai réalisé la gravité de ce que j’avais fait. Je me suis rendu compte trop tard que je ne voulais pas mourir. Pas comme ça. Je ne pouvais pas arrêter le sang qui giclait du bras. A nouveau, Jésus est venu de loin dans ma direction, il a étendu la main profondément à l’intérieur de ma poitrine, prodiguant à mon cœur douloureux une tendre étreinte. J’ai ressenti un léger apaisement de l’agitation et de la souffrance. 

« Mets de la glace » a murmuré l’espoir à travers la douleur. 

J’ai bondi du lit et me suis précipitée vers le freezer. Deux énormes glaçons fondant collés sur le bras tandis que j’observais mon sang s’affiner et se refroidir. 

Le temps que l’hémorragie ralentisse suffisamment pour me permettre de constater les dommages que je m’étais infligés, j’ai eu l’impression qu’une éternité s’écoulait. J’ai profondément soupiré en comprenant qu’il allait falloir des points. Je ne savais pas comment, ni même si le bras pourrait guérir sans. Je m’étais isolée volontairement et n’avais aucun moyen de chercher de l’aide. 

Je me suis à nouveau recroquevillée sur le lit pour dormir, ne sachant si j’allais vivre ou mourir. Tremblante et terrorisée, j’ai murmuré dans l’obscurité : « Jésus, si tu m’entends, pardonne-moi pour tout ce que j’ai fait. Pardonne mes péchés et ma faiblesse. S’il te plaît viens dans mon cœur. S’il te plaît, fais que je vive ! » 

De retour au tribunal, mon esprit tournait à toute vitesse. Je n’avais plus d’autres souvenirs. Il devait s’agir du dernier acte de ma vie. 

« Pas le dernier, mais le premier. » a répondu Jésus en lisant dans mes pensées et en y répondant à voix haute. 

« Comment ? » ai-je demandé  désorientée. 

« Je t’ai amenée ici afin qu’ayant des yeux, tu voies, qu’ayant des oreilles, tu entendes. J’ai écouté et satisfait ta demande. A partir de maintenant je vivrai en ton cœur chaque jour. Tes mains seront les miennes et tes paroles viendront de mon cœur. Je guérirai tes blessures. Car tu as beaucoup pardonné. Aujourd’hui ce pardon t’a été rendu et tu as été beaucoup pardonnée. » 

Je suis tombée à genoux en tremblant. « Je ne mérite pas le pardon, je suis tellement désolée. » 

« En une action de pitié, tu as observé le plus grand commandement que j’aie donné. Aime le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, ton corps, ton esprit et ton âme. Tu as appris à aimer ton prochain comme toi-même ; ce qui signifiait m’aimer. Tu as appris que tu n’es rien sans moi, mais qu’avec moi tu es tout. En épargnant ta propre vie, tu m’as montré que tu t’aimes toi-même. Quand tu m’as demandé de venir dans ton cœur, tu m’aimais. Quelles que soient tes dettes, tu es pardonnée. Il te suffisait de demander. » a-t-il dit en souriant. « Vas et ne pèche plus. » 

Je l’ai regardé disparaître lentement tandis qu’Il recouvrait ma lettre de suicide maculée de sang par son propre sang et par sa grâce. Il a utilisé un unique vieux clou pour fixer cette lettre sur la face des boîtes à péchés. Ecrit en gras avec son sang figurait le mot : « Pardonnée ». 

Je me suis réveillée dans l’obscurité, mais j’ai ouvert les yeux sur la lumière. Sous moi, le sang sur le drap était encore épais et humide. Le bras avait cessé de saigner et j’ai compris que Jésus avait une fois de plus tendu la main vers moi afin de me soigner. En  me levant  pour aller me laver le bras, j’ai senti sous mon pied craquer le bloc que j’avais utilisé pour la lettre de suicide. 

Celle-ci était totalement recouverte par une fine tache rouge. C’était moins épais que le sang, à tel point que j’ai soigneusement examiné la substance, déterminant qu’il s’agissait de l’encre rouge du stylo que j’avais utilisé. Il avait éclaté sur la lettre, l’imprégnant totalement. Ne subsistait que la trace de mes paroles insensées et désespérées. Jésus m’avait vraiment totalement protégée. 

J’ai à nouveau senti sa main, comme un vieil ami amenant de la joie à une âme fatiguée. « Lève-toi et écris. » m’a-t-il enjoint. J’ignorais comment ou quoi écrire, mais cette fois je n’ai pas posé de question. Avec foi, j’ai simplement tourné une nouvelle page du bloc et j’ai suivi les instructions de Jésus. Mon cœur s’est déversé sur la page jusqu’à ce que ma main fatiguée subisse une crampe. Seulement alors ai-je su que j’avais terminé. 

En relisant les mots sur ces pages, j’ai pensé aux jours, aux années que j’avais consacrés à la souffrance et non aux louanges. Je me suis souvenu de ses paroles : «  Chaque jour nouveau se lève sur la pitié. » 

En lisant je me suis rendu compte que c’est pour mon âme que j’avais le plus manqué de pitié. La révélation du fait que je m’étais haïe plus que tout autre m’a fait verser un flot de larmes d’angoisse. J’avais été mon unique meurtrier. J’avais en pleurant douloureusement demandé le pardon au Seigneur pour d’innombrables autres, mais je ne me l’étais jamais accordé à moi-même. 

J’ai senti sa main prendre mon cœur dans la poitrine et la chaleur de son toucher tandis qu’il y respirait. Le temps était venu de me pardonner. J’ai senti une nouvelle vie déferler dans mon corps tandis que Jésus y remettait mon cœur précautionneusement. Je me suis attachée à chaque battement tandis qu’il pompait un nouvel espoir dans mes veines. 

En larmes, j’ai murmuré : « Jésus, si tu peux me pardonner toutes ces choses horribles, alors je peux me pardonner aussi. » 

Pendant un instant, je l’ai vu en transparence devant moi : « Aime-toi comme je t’ai aimée. Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger, je n’exige pas le meurtre mais le sacrifice. Laisse ton ancienne vie et suis-moi. ». Il a disparu mais je continuais à sentir son contact. 

J’ai abaissé mes yeux gonflés de larmes vers mon bras. La blessure était longue et profonde mais elle allait guérir. J’ai réfléchi à la manière dont les évènements de ma vie m’avaient amenée là. Les blessures pouvaient bien être longues et profondes, mais pour la première fois de ma vie, j’ai su avec certitude qu’elles allaient guérir… » 

Au moment de votre expérience, y avait-il une situation mettant votre vie en danger ?   Oui  Tentative de suicide 

Cette expérience est-elle difficile à décrire avec des mots ?  Oui     Il m’a fallu des années pour trouver les mots me permettant de décrire ce qui a semble-t-il duré quelques minutes, mais qui m’a paru prendre une vie entière. Comment décrire un tribunal à quelqu’un ? 

A quel moment au cours de l’expérience étiez-vous au niveau d’état de conscience et de lucidité maximum ?    Quasiment tout le temps. Je me rappelle avoir eu l’impression que quelque chose s’imprimait sur mon être. Je ne peux pas vraiment l’expliquer. L’intégralité de l’expérience s’est déroulée rapidement mais avec énormément de détails. Comme en un éclair  mais ce n’en était pas un. Je me suis réveillée quelques minutes après avoir perdu connaissance, cela n’a donc pas pu durer tellement longtemps. 

Comparez votre niveau d’état conscience et de lucidité maximum pendant l’expérience à celui de tous les jours ?      Davantage consciente et lucide que d’habitude. Je me rendais compte que le temps et les objets étaient différents de leur apparence lorsque je n’étais pas dans cet état. Tout ressemblait à de l’énergie holographique ou de la lumière (sauf le procureur qui avait l’apparence du feu). 

Veuillez comparer votre vue pendant l’expérience à celle que vous aviez juste avant l’expérience.   Je voyais à longue distance, c’était plutôt comme si des rayons de lumière me fournissaient une image plus nette (d’autres rayons de lumière avaient l’apparence de masses solides). 

Veuillez comparer votre ouïe pendant l’expérience à celle que vous aviez juste avant l’expérience.   J’entendais faiblement des pleurs et des gémissements au loin mais je n’ai pas perçu d’augmentation de l’ouïe. Le son était différent et je ne parviens pas à trouver les mots pour l’expliquer. 

Avez-vous vu ou entendu des évènements terrestres qui se déroulaient alors que votre conscience était séparée de votre corps physique/terrestre ?   Non   

Quelles émotions ressentiez-vous pendant l’expérience ?   Panique, tristesse, regret   

Avez-vous traversé un tunnel ?   Non   

Avez-vous vu une lumière surnaturelle ?   Oui   La lumière m’a renvoyée violemment dans le tribunal qui était constitué de lumière mais massive et solide (du moins c’était ma perception) 

Vous a-t-il semblé rencontrer un être ou une présence ésotérique, ou bien entendre une voix non identifiée ?

C’est dans le récit. J’ai rencontré des êtres angéliques mais menaçants et ceux que je ne peux que qualifier de Dieu et de Jésus. Description des êtres menaçants (selon mon récit) : Il était bien vêtu (à la manière d’un avocat). Il ne ressemblait pas du tout à l’idée que j’en avais, même si on m’avait mise en garde plusieurs fois auparavant à son sujet. C’était une personne sans pitié, haineuse, mais brillante dans son travail. Il connaissait des choses que des gens avaient dites, des choses cachées que même les meilleurs criminels pensaient avoir tenues secrètes. Cette personne avait sa manière de tout déterrer, de tout divulguer. Son taux de succès de plaidoyer à charge était de cent pour cent. Il réduisait l’accusé honteux à un état d’esprit confus et puéril, détruit par ses faits exacts et ses accusations violentes. A la fin de leur procès, tous étaient devenu fous. 

Je me suis assise, attendant de mon jugement, tremblant sous le poids de sa légende. Il s’est assis face à moi, professionnel et poli. Son costume de bonne coupe, bien ajusté à l’ensemble de son physique de garde-du-corps. Il était trompeusement beau, grand et fort. Son apparence extérieure générait un faux sentiment de sécurité, comme si on avait pu compter sur lui quand tous vous trahissait. Il avait les cheveux étonnamment blonds, ses mains et son visage étaient magnifiques. Seuls ses yeux trahissaient la réalité profonde de sa véritable nature. Ils étaient d’un gris intense perpétuellement enflammés par la passion de sa profession. 

Avez-vous rencontré ou décelé des êtres ayant vécu précédemment sur terre et dont le nom est mentionné par les religions (par exemple : Jésus, Mahomet, Bouddha, etc.) ?   Oui   Jésus (voir le récit). 

Avez-vous rencontré ou décelé des êtres décédés (ou en vie) ?   Non   

Au cours de l’expérience, avez-vous eu connaissance d’évènements de votre passé ?   Oui   (voir le récit) 

Vous a-t-il semblé pénétrer dans un monde différent, surnaturel ?   Un monde nettement ésotérique ou surnaturel

Ma description du tribunal : « Je me souviens d’avoir été entraînée dans un beau tribunal qui avait plutôt l’air d’un genre de Colisée. Cela a commencé alors que je dérivais, peut-être à cause de la perte de sang (je me suis profondément incisé le bras et j’ai perdu beaucoup de sang). J’avais la sensation que l’énergie était extraite hors de mon corps par le visage, puis par la poitrine. Je me rappelle avoir pensé que je convulsais, mais mon corps était immobile. C’était comme si mon énergie ou substance était sortie de force de mon corps. Mais je n’ai pas vu de tunnel, je me suis simplement retrouvée dans un immense tribunal. » 

Le temps a-t-il paru accélérer ou ralentir ?   Tout semblait se passer en même temps, ou le temps s’est arrêté, ou il n’y avait pas de notion de temps

(voir le récit) 

Soudainement, vous a-t-il  semblé tout comprendre ?   Tout sur moi ou sur les autres

J’ai compris que celui présenté comme Dieu ne nous hait pas, mais nous aime et nous protège. 

Avez-vous atteint une limite ou une structure physique de délimitation ?   Non 

Etes-vous arrivé(e) à une limite ou un point de non-retour ?   Non 

Avez-vous vu des scènes de l’avenir ?  Des scènes de mon avenir personnel

Difficile à décrire. J’ai également vu l’avenir d’autres personnes. 

Pendant votre expérience, avez-vous découvert des informations / un savoir s spécifiques suggérant que l’existence persiste (ou non) après la vie terrestre (vie après la mort) ?   Oui   Jésus a dit que la vie continue après la mort. 

Pendant votre expérience, avez-vous découvert des informations / un savoir spécifiques suggérant que Dieu ou être suprême existe (ou non) ?   Oui   « Malgré tout ce que je ressentais en cet instant, je n’avais jamais connu honte ou remords plus authentique jusqu’à ce que le Juge pénètre dans le tribunal. Il était l’incarnation de la sagesse, sage au-delà du temps et de l’espace. Son apparence était magnifique, ses manières distinguées commandaient la révérence. Il parlait d’une voix autoritaire paraissant générer un écho sur les parois du tribunal. Ses yeux honnêtes mais acérés fouillaient à la recherche de la plus grande justice. » 

Pendant votre expérience, avez-vous découvert des informations / un savoir spécifiques suggérant que vous existiez (ou non) avant votre vie actuelle ?   Non   

Pendant votre expérience, avez-vous découvert des informations / un savoir spécifiques suggérant qu’il existe (ou non) un lien ou une unité/unicité ésotérique dans l’univers ?   Oui   Nous sommes tous liés, c’est pourquoi il est si terrible de blesser un autre être vivant, animaux compris). 

Pendant votre expérience, avez-vous découvert des informations / un savoir spécifiques concernant le sens ou le but de la vie terrestre ?   Oui  

Pendant votre expérience, avez-vous découvert des informations / un savoir spécifiques concernant les difficultés, défis, épreuves de la vie terrestre ?    Oui   

Pendant votre expérience, avez-vous découvert des informations / un savoir spécifiques concernant l’amour ?   Oui   Pardon et amour inconditionnels sont l’essence de l’univers et de la vie. 

Pendant votre expérience, avez-vous découvert d’autres information / un autre savoir spécifiques que vous n’avez pas mentionné pour d’autres questions et qui serait pertinent pour vivre nos vies terrestres ?   Oui   

Avez-vous  le sentiment d’avoir connaissance d’un savoir ou dessein particulier ?     J’aimerais que vous puissiez le voir et le vivre comme moi, juste un éclair qui contiendrait cependant le savoir que tout va bien se passer. Je vais ajouter autant d’éléments que possible, mais ils proviennent de ce que j’ai finalement écrit au sujet de l’expérience : ********** « Un rictus sinistre s’insinua sur le visage du Procureur. Tout ce que j’avais entendu sur sa soif de culpabilité était vrai, puis il déclara : « Monsieur le Président, l’accusée est coupable de plusieurs chefs d’inculpation pour meurtre. Je souhaite présenter à la cour la liste des victimes pour le procès. ». Il tenait un épais dossier brun à la main. Il a marché vers la barre et l’a tendu au Juge. 

En un geste que même Michael Jordan n’aurait pu contrer, j’ai levé la main. Sans même quitter le dossier des yeux, le Juge fit : « Oui ? » 

« Je proteste absolument. Je ne peux avoir tué autant de personnes. Non seulement je l’aurais remarqué mais je suis tout à fait sûre que la police et la presse auraient évoqué un tueur en série. »  

« Objection acceptée. » 

Sans attendre une seconde, j’ai poursuivi : « En fait, qui ai-je tué exactement. Comment les ai-je tués ? Quelles armes ai-je utilisées ? Qu’ai-je fait de tous les cadavres ? » J’étais certaine que mon éclat n’allait pas être très efficace pour convaincre le Juge de mon innocence, mais j’étais hors de moi. Quelle-était cette farce ? 

Le Juge, maintenant exaspéré, lut dans le dossier : « Il est mentionné ici que vous avez mordu Annette au bras, le 18 octobre 1975 à 11h 48, sur la cour de récréation de l’école primaire. » 

« Et elle en est morte ? Je ne pense pas qu’elle en soit morte !!! » J’étais offensée et troublée. 

« Pourquoi l’avez-vous mordue ? » 

« Vous plaisantez ? Pourquoi l’ai-je mordue ? J’ai demandé si elle est morte de cette morsure et vous voulez maintenant savoir  pourquoi je l’ai mordue. Je suis tout à fait certaine qu’elle était à l’école le lendemain. » 

Le Juge attendait. 

J’ai protesté : « J’étais en primaire ! » Toujours silencieux, il attendait.  « Objection sur le fait qu’Anette ne soit pas morte de ma morsure. » J’étais écœurée. Mes remarques passionnées avaient pour effet que le Juge me fixe agressivement de l’autre côté de la barre. J’ai immédiatement compris que je n’étais pas sur la bonne ligne, bien que j’en ai ignoré la raison. 

« Annette n’est pas morte de votre morsure. Vous oui. » 

 

Chapitre Deux  

« Je vous demande pardon ? » 

Le Procureur grimaça un sourire. Il m’avait emmenée là où il le souhaitait. Matraquée, aveuglée, entre un rocher et un mur. Je n’allais jamais pouvoir le battre si je ne comprenais pas les règles du jeu. Avec une satisfaction sereine, il attendit les explications du  Juge.      

« Sommes-nous d’accord sur la définition de la loi ? » m’a demandé le Juge. Je n’en étais en fait pas certaine mais je ne savais pas comment le dire. 

« C’est une simple question de « oui » ou « non » » suggéra le Procureur avec un sourire suffisant. J’ai imaginé ses yeux enflammés aspergés d’eau, mais cela ne m’a pas aidée. J’ai soupiré. 

« Non. Nous ne sommes pas d’accord sur la définition de la loi parce qu’à l’évidence je ne comprends pas. Toute cette affaire semble ridicule. Je ne suis pas une personne si mauvaise. » 

Le Procureur attaqua vicieusement : « Vraiment. Alors pourquoi avons-nous des dossiers et des charges aussi complets contre vous ? » Il pointait vers les tables derrière lui. Là se trouvaient des boîtes et des boîtes de dossiers bruns sur et sous plusieurs rangées de tables. 

« Qu’y a-t-il dans toutes ces boîtes ? » 

« Des preuves. Il est rare qu’on commette des crimes toute une vie en laissant peu de traces. « Amasser pour soi des trésors » etc. Voilà vos trésors, bien amassés et qui vous attendent. » 

J’ai tourné les yeux vers le Juge : « Je ne comprends rien à tout cela. » 

« Vous comprenez davantage que vous ne le pensez, » suggéra le Juge avec sympathie. « Seuls le temps et le procès détermineront si vous avez utilisé correctement ce savoir. Afin de pouvoir défendre votre cause avec succès devant cette cour, il faut régler certains points de définition. » m’informa le Juge. 

Sa déclaration fut plus qu’un choc pour moi : « Vous voulez dire que vous souhaitez vraiment que je l’emporte ? » 

« Comment pouvez-vous en douter ? » me demanda-t-il sur un ton qui trahissait sa propre surprise. 

L’air hostile et les yeux quasi clos, le Procureur intervint prestement « Ce qu’il veut dire, c’est qu’il a le sentiment qu’il vous faut bénéficier de tous les avantages possibles. ». 

J’ai reporté mon regard sur le Juge, craignant que la déclaration du Procureur ne contienne une vérité cachée. Ses yeux scrutaient intensément ceux du Procureur, mais il m’a directement adressé la parole. « Ne crois jamais le serpent qui déguise ma vérité afin de me ravir ma joie. » 

« Vous faites allusion au jardin d’Eden ? » demandais-je en tremblant. 

Le regard sévère du Juge s’adoucit lorsqu’il me fixa à nouveau. « Le don de perspicacité que je vous ai accordé vous a bien servi dans le passé. Restez-y fidèle maintenant. Effectivement, je faisais référence à Eve. » 

Le Procureur lissa son costume une fois de plus. « Revenons à la définition de la loi. » marmonna-t-il.  

« J’imagine que je ne comprends pas la définition de la loi selon le Juge. » Répondis-je, ma réponse cachant à peine mes sarcasmes. 

 « La loi est une règle de conduite contraignante, reconnue par une communauté comme étant imposée et applicable par une autorité. Sommes-nous d’accord sur ce point ? » 

« Oui. Je pense que oui. » Je ne savais pas vraiment. Je voulais me dérober afin de voir si je pouvais tirer de cette définition de la loi une échappatoire au meurtre. 

« Qu’est-ce qui vous trouble ? » 

« Qui est l’autorité et qui décide de la règle de conduite ? » La réponse fut immédiate, me laissant sans plan ni recours. 

« JE SUIS l’autorité. Je décide des règles de conduite. C’est MOI. » 

J’ai alors fait une pause, non plus pour me dérober mais pour réfléchir. « Je vois. Donc si vous créez une loi, alors tout le monde doit y obéir juste parce que vous pensez qu’il doit en être ainsi. Voilà votre explication de la manière dont j’ai tué quelqu’un par morsure même si je n’étais qu’une gamine ? » 

« En mordant Annette vous l’avez blessée. Lorsqu’on blesse quelqu’un, on diminue l’état de fraternité dont toute personne a besoin pour grandir. La plupart des graines mourront ou deviendront trop faibles pour être très productives si on leur enlève l’eau, la terre ou le soleil. De même, une personne mourra ou deviendra trop faible pour être très productive si certaines choses, comme la fraternité, sont diminuées ou totalement étouffées. Cela vous paraît-il sensé ? »

C’était logique au point que j’en étais contrariée, mais à ce moment-là je ne me préoccupais pas de sens. Je cherchais une excuse, n’importe laquelle, pour que les choses tournent en ma faveur. Je savais où il voulait en venir et aussi que je n’allais trouver aucune excuse pour tous les actes de ma vie. Je ne comprenais pas totalement la partie meurtre, je me suis donc dit que j’allais utiliser cette approche pour un temps. 

« Bien, comment la charge pour meurtre fonctionne-t-elle ? Comment passez-vous d’une morsure à un meurtre ? Je ne suis pas certaine de comprendre. » 

« Etre en colère contre quelqu’un, c’est la même chose qu’assassiner quelqu’un, ainsi qu’il est dit dans Matthieu 5:22 Ne pas pardonner, c’est comme retirer le soleil à une graine. Comme le soleil nourrit la graine pour qu’elle pousse, le pardon nourrit l’âme de l’homme. Quand on est tellement en colère qu’on agit par colère ou qu’on ne pardonne pas, on se prive soi-même de nourriture mais on prive également son prochain de nourriture. » 

« S’il en est ainsi, alors j’ai été en colère contre beaucoup de monde. Mais cela signifie-t-il que je sois coupable de les avoir tous assassinés. Je n’arrive pas à comprendre ce point. » 

« Que signifie le mot meurtre ? » 

« Est-ce selon votre définition ou selon la mienne, parce que la vôtre semble très éloignée ? »  

« Bien, commençons par votre définition. » 

« Je ne sais pas, tuer quelqu’un ? » 

« Bien. Que se passe-t-il si on tue ? » 

Ce devait être une question piège. J’ai pensé qu’il valait mieux répondre lentement. « Euh, on meurt… » 

« Bien, selon votre propre définition, le meurtre mène à la mort, est-ce exact ? » 

« Je sais que cela va se retourner contre moi, mais oui, le meurtre mène à la mort. » 

************* 

Pourquoi les choses nous arrivent-elles. « Quand ce moment fut passé, il m’adressa à nouveau la parole : « Tu m’as détesté pendant des années parce que tu savais dans ton cœur que j’étais là. Tu pensais que j’aurais dû faire quelque chose mais tu ne t’es pas rendu compte que je l’avais fait. J’ai porté le poids de ta souffrance à ce moment-là. Je t’ai portée pour la traverser, te permettant de n’en subir qu’une partie. 

Des trahisons telles que celles-ci tuent totalement. Des graines germent en de tels instants, elles étouffent la vie de toute part en ton être. Elles poussent vite et s’étendent tel un cancer de l’âme. Tu as raison. Tu n’avais que quatre ans. J’étais là. J’y étais pour protéger l’enfant que j’aimais du péché de désobéissance d’un autre, le péché malade de quelqu’un. 

Une de mes lois comporte le libre arbitre. Je ne peux briser mes propres lois. Je ne peux maîtriser les pensées, les actions et les esprits des autres. S’il en allait autrement, tous m’aimeraient et m’adoreraient, mais cela n’aurait aucun sens. Quoi qu’il en soit, à ce moment-là, en tous ces moments-là, je t’ai aussi fait le don de moi-même. Si tu m’avais recherché, j’aurais pu te faire traverser n’importe quoi. Il n’est de traversée si grande dont la main du Seigneur Vivant ne puisse supporter la charge de toute éternité. Je t’apprends que si tu me recherches, tu me trouveras. En ma main est la force. Ce jour-là je t’ai sauvée de la mort absolue. » 

Je pleurais alors de manière incontrôlable. Je me sentais comme une enfant de quatre ans implorant les merveilles de l’univers, à qui l’on montrait ensuite cet acte horrible de haine. Je me sentais tellement petite. J’ai tout vu de ces terribles instants de mon enfance, chacun d’eux gelé dans le temps, me volant ma valeur et l’estime de moi-même. Chacun d’eux en un film complet bloqué sur une seule image, celle-ci en révélant malgré tout l’intégralité. J’ai regardé ce montage d’odieuse perversion et de ruine, faisant écho aux tourments douloureux tandis que j’étais violée toute mon enfance. D’abord par un ami de la famille, puis par mon père et enfin par mon frère aîné. Cela semblait être un cycle infini d’agressions, de maltraitances et de trahisons. A chaque scène, je me suis vue mourir un peu à l’intérieur, une petite partie de mon âme arrachée. 

Là où je m’étais sentie tellement seule et sans protection, à chaque moment d’agression, j’ai alors découvert toute la scène. Il m’a prêté ses yeux, ses perspectives et pire, son cœur. J’ai senti la douleur au plus profond de son âme tandis qu’il ressentait le viol avec moi. Jamais je n’avais su que le Juge avait vécu ma douleur avec moi, l’âme autant violée et fracassée que moi. 

Il était resté là tout le temps, sa main toujours présente et tenant la mienne, sa force suppléant les défaillances de la mienne. Il a tendu la main à travers le temps, la distance et l’espace pour m’offrir son abri et son réconfort. Il s’est penché sur moi en murmurant à mon esprit fragile et délicat une seule parole qui a pulvérisé les plus sombres instants de ma vie : « Espoir ». C’est tout ce qu’il a dit. Chaque fois qu’il le disait, la lumière devenait de plus en plus brillante, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus être éteinte par l’obscurité qui cherchait à la consumer. 

A nouveau il a parlé, non pas des paroles de jugement mais de vérité. « Au lieu de ma force et de ma lumière, tu as laissé l’obscurité te définir. Pourquoi as-tu fait cela ? » 

****************** 

Nous sommes tous responsables de ce que nous faisons les uns aux autres : «  Ceux qui t’ont blessé seront jugés pour ce qu’ils ont fait. Toi seule doit répondre de tes charges ;  eux seuls répondront des leurs. »*****************  

« Quelle note étais-je censée atteindre ? » 

« Je l’ai déjà expliqué. » répondit-il. 

« Oui, Je sais. J’étais censée t’aimer de tout mon corps, mon esprit et mon âme, aimer mon prochain comme moi-même. Deux choses me viennent à l’esprit. Premièrement, que se passe-t-il si personne  ne me montre comment aimer mon prochain ? De qui est-ce alors la faute ? Que se passe-t-il si je me déteste moi-même ? Dans ce cas n’ai-je pas satisfait à tes deux attentes ? » demandais-je. J’étais fière de moi pour avoir finalement détecté une lacune dans la définition du Juge. 

« Dis-moi comment tu pourrais-tu détester alors que je t’ai créée à mon image ? » me questionna le Juge. 

La réponse franchit mes lèvres plus que facilement : « Personne ne m’a jamais traitée comme si j’avais été créée à ton image. Comment aurais-je pu savoir que je comptais ? Comment aurais-je été censée traiter qui que ce soit différemment  de la manière dont on m’avait traitée? » 

****************Il y a bien autre chose, mais vous pouvez vous en faire une idée… Oui, je n’ai décidé de raconter ce que je sais qu’après une autre EMI provoquée par une attaque le 28 février 2010. « La mort est cet instant quintessentiel durant lequel toutes nos éventualités, nos potentialités se terminent. L’irrévocabilité des dernières chances perdues et des rêves jamais réalisés est la tragique réalité à laquelle nous sommes tous confrontés. Rares sont ceux qui peuvent repousser le sinistre contact avec la grande faucheuse. Toutefois c’est précisément ainsi, en ayant moi-même réchappé de justesse, que je suis entrée en collision frontale avec potentialités et éventualités. 

            Aux premières heures matinales du 28 février 2011, la somme de mes espoirs et de mes rêves non réalisés s’est embrochée sur le pal de l’incertitude. J’ai émergé d’un sommeil irrégulier, comprenant immédiatement que quelque chose n’allait pas. J’avais une attaque et j’ai miraculeusement pu appeler les Urgences. Quand le brancard a passé précipitamment les portes de l’ambulance, puis le long des murs de l’hôpital, j’ai éprouvé une sensation bizarre de trouble et de panique. Je me concentrais sur une seule chose : rester en vie. C’était un désir impérieux et violent de vivre, montant du plus profond de mon ventre, se répercutant à travers tout mon être. 

           J’ai entendu les paroles de l’infirmière par-dessus le tumulte des Urgences, renvoyées par les murs stériles du bloc « Mary, Savez-vous où vous êtes ? ». J’ai tenté de répondre mais un ennemi invisible m’avait dérobé la voix. « Mary, savez-vous en quel mois nous sommes ? ». Sa voix était lointaine, comme provenant de l’autre face d’un miroir. 

            J’ai pensé : « On est en juillet. » maudissant le fait qu’on m’ait volé la voix. « On doit être en juillet parce que c’est l’anniversaire d’Amara. ». Quelque chose clochait. Il y avait de la neige sur le sol. Je me suis rendu compte que je ne savais pas. J’ai également réalisé que j’étais en train de mourir. 

            J’étais au bord du précipice de mon existence. Je ne pouvais que me repentir de ma propre infertilité. Le gaspillage avait été ma seule acquisition dans le vaste océan des possibilités. Puis, du marécage confus de la dissolution émergea un mot : février. 

            Soudain, la netteté s’est mise à couler à flot dans la cohérence, concentrant mon esprit obscurci. J’ai commencé à lutter contre le bourbier de l’expulsion et j’ai découvert un nouveau mot : espoir. L’espoir s’est drapé de passion et d’autorité. La vue et le mouvement se sont ajoutés à la soupe de mon âme. On accordait une seconde chance à ma seconde chance. L’éventualité m’avait découverte dans un bloc opératoire à 4 heures du matin. J’ai juré de changer de chemin tandis que mes forces se renouvelaient. J’avais des dons, des idées et des solutions à offrir au monde, je me suis promis de passer chaque instant qui me restait à le faire. Mon propre potentiel pouvait cesser un jour, mais les possibilités que je laisserais aux autres allaient me survivre. 

Ce qui s’est produit pendant votre expérience comportait :   Un contenu absolument pas conforme aux croyances que vous aviez au moment de votre expérience   Je ne croyais PAS vraiment au paradis, à l’enfer, à Jésus ou à Satan… j’étais plutôt du genre New-Age. 

Comparez le degré de précision de votre souvenir de l’expérience avec le souvenir d’autres évènements qui se sont produits à l’époque ?   Je me souviens plus précisément de l’expérience que d’autres évènements de ma vie à l’époque   

Veuillez expliquer tout changement qui aurait eu lieu dans votre vie après votre expérience :   Je veux VIVRE réellement avant de mourir, aider autrui à faire de même. 

Mon expérience a directement entraîné :   De grands changements dans ma vie 

Après s’être produite, votre expérience a-t-elle provoqué des changements dans vos valeurs ou vos croyances ?   Oui   J’ai cessé d’avoir peur de tenter ma chance et de vivre, vivre pour aider autrui à vivre. 

Après votre expérience, possédiez-vous des facultés paranormales, sortant de l’ordinaire ou autres que vous n’aviez pas avant l’expérience ?   Oui   cela semble stupide et je sais qu’on va me critiquer pour cela, mais je sais des choses concernant des personnes au sujet d’évènements qui n’ont pas encore eu lieu. J’ai accumulé un tel palmarès de ce que ma sœur qualifie de voyance. La liste est trop longue. La plupart du temps je pense que je suis folle, mais les choses se réalisent tellement que c’est difficile à réfuter. Cela peut paraître dément de dire que je l’entends de Dieu, pourtant je crois bien que c’est possible.   

Avez-vous raconté cette expérience à quelqu’un ?   Oui  Des années plus tard. 

Avant votre expérience, connaissiez-vous les expériences de mort imminente (EMI) ?   Oui   Mon oncle est mort sur la table d’opération pendant la guerre de Corée et il est revenu. Je croyais qu’il était cinglé. 

Peu après avoir vécu votre expérience (quelques jours ou semaines), comment considériez-vous sa réalité :

   L’expérience était tout à fait réelle   

Comment considérez-vous actuellement la réalité de votre expérience :   L’expérience était tout à fait réelle 

Vos relations ont-elles changé directement à cause de votre expérience ?   Oui   Je n’ai plus beaucoup de proches dans ma vie car ils ne servent pas des buts sains ici. 

Vos croyances/pratiques religieuses ont-elles changé directement à cause de votre expérience ?   Oui   Je crois en Jésus, Satan, Dieu, la vie après la mort, le paradis et l’enfer. 

Au cours de votre vie, est-ce que quoi que ce soit, à un moment quelconque, aurait reproduit une partie de l’expérience ?   Non   

Les questions posées et les informations que vous venez de fournir décrivent-elles votre expérience complètement et avec exactitude ?   Oui   En quelque sorte. Les informations et détails dont je dispose vont bien plus loin que ce qui a été couvert ici.