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EMI de Bill VandenBush



Description de l’expérience :

Le livre de Bill :  « If Morning Never Comes »    Cliquer ici

Bonjour, je m’appelle Bill VandenBush, je suis l’auteur de : « If Morning Never Comes ». J’aimerais vous faire connaître mon livre, je vais juste parler un peu de mon expérience de mort imminente, je voudrais également vous informer de ma tournée à venir. Je vais faire une tournée dans le pays au sein de groupes d’étude d’EMI et de l’IANDS. Nous pourrons peut-être publier le programme plus tard sur ce site web.

Je souhaiterais raconter mon histoire immédiatement.

En 1968 j’étais jeune-homme, en pleine forme et je venais d’obtenir le diplôme du lycée. J’étais hippie et pacifiste : cheveux longs, pantalon à pattes d’éléphant, chemise à fleurs. Un jour, en revenant d’une manifestation, alors que tout le monde hurlait, protestait et chantait des chansons engagées, j’ai réalisé que je ne savais pas vraiment ce que représentait la guerre du Vietnam. En 1968 la guerre était à son paroxysme. On la voyait à la télévision mais je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle représentait.

Et je ne comprenais pas vraiment non-plus pourquoi les gens protestaient contre la guerre. Etant un jeune-homme passionné et curieux, je me suis engagé comme volontaire au Vietnam afin de mieux comprendre de quoi il retournait, ce que cette guerre représentait.

Je suis resté environ dix mois au Vietnam, j’ai vu beaucoup de morts, participé aux combats et perdu de nombreux camarades. J’avais deux bons amis, nous disions toujours qu’aussi longtemps que nous serions tous les trois ensembles, on se couvrirait mutuellement et rien n’arriverait aux autres.

Un jour, on leur a accordé une permission, ils voulaient faire une petite pause d’une semaine en Thaïlande avant de revenir. Je suis donc resté seul pour diriger mon groupe. Je me suis dit : « Bon ! Ce n’est pas grand-chose, je peux me débrouiller une semaine tout seul. ».

On nous a renvoyé à notre camp de base, j’étais en charge du groupe et on a reçu un appel radio annonçant qu’un hélicoptère avait été abattu, qu’il fallait des volontaires pour récupérer le pilote, le copilote et l’équipage. Il fallait aussi détruire le matériel avant qu’il ne tombe aux mains de l’ennemi. C’était tout à fait typique, cette demande n’avait rien d’inhabituel, nous suivions toujours cette procédure, c’était vraiment le genre d’actions que nous menions.

J’ai donc proposé mon groupe et à la minute ou nous sommes arrivés, on nous a héliportés. Je savais que les choses n’allaient pas bien se passer. J’ai commencé à me sentir mal à l’aise, j’avais le sentiment que la journée n’allait pas être bonne.

J’ai fait sortir mon groupe de l’hélicoptère, nous avons presque immédiatement essuyé des tirs (de l’ennemi). Le commandant m’a ordonné de faire le tour de la montagne avec mon groupe, afin de rechercher l’hélicoptère abattu et d’essayer de trouver l’équipage. Lui allait faire le tour par l’autre côté avec son groupe.

En fait, mon groupe a été bloquée (par le feu ennemi) à mi-chemin environ. J’ai ordonné aux hommes d’avancer pour se mettre à couvert. Je suis resté en arrière pour voir d’où partaient les tirs ennemis et tirer des traçantes dans cette direction, ceci afin que mon groupe puisse diriger ses tirs vers ce point. La situation devenait vraiment inquiétante, nous subissions un feu nourri, nous ne pouvions pas progresser et je savais qu’il allait se passer quelque chose avant que nous puissions sortir de là.

Immédiatement après, j’ai entendu des avions à réaction nous survoler, j’ai compris que le commandant avait demandé une frappe aérienne. Je les ai vus larguer leurs premières salves de bombes, qui ont explosé près du sommet. C’était très bien. Ils tentaient de repousser les soldats ennemis vers le haut de la montagne, à l’écart de notre position. J’ai pensé : « Bon sang ! S’ils avaient largué une ou deux secondes plus tôt… » à cause de la configuration du terrain ils auraient frappé bien plus bas sur la montagne. Et c’était là que nous-nous trouvions.

J’ai donc regardé vers le haut quand ils ont à nouveau largué les bombes, je me suis rendu compte qu’elles venaient droit sur ma position. Et j’étais à découvert. Je me suis aplati sur le sol autant que je le pouvais, mais les éclats m’ont touché au visage, l’écrasant et m’arrachant l’œil droit. J’ai compris, au grand-âge de 19 ans, que j’allais mourir. C’était la fin ; cette guerre était terminée pour moi. J’ai alors su ce que la guerre représentait. J’avais fait mon expérience, celle que j’avais recherchée, maintenant j’allais mourir.

J’ai pensé à tout ce qu’à dix-neuf ans je n’avais pas encore accompli. J’avais toujours eu pour but d’avoir une femme, une famille, un foyer, de vivre le rêve américain. Me lever tous les matins pour aller travailler, caresser le chien, dire au revoir aux gamins. Maintenant, cela n’allait pas arriver car j’allais mourir à des milliers de kilomètres de chez moi.

Je voulais quelqu’un auprès de moi pour me réconforter, je voulais ma mère, je voulais sentir ma famille autour de moi en m’en allant, mais il n’y avait personne. Mes hommes eux-mêmes, ignoraient que j’avais été sévèrement touché, ils étaient tous sains et saufs, je les avais fait avancer.

Tout de suite après, je me suis rendu compte que je venais de me débarrasser de mon fardeau, je m’étais tout simplement détendu, acceptant le fait que j’allais mourir. J’étais entré dans un tunnel obscur. J’étais très serein, très calme, même si j’étais toujours blessé. Je me trouvais encore dans mon corps endommagé. Je ne saignais plus, ne souffrais plus et ne m’inquiétais plus de mes blessures.

En progressant dans ce tunnel sombre, je suis arrivé dans une intense lumière blanche. C’était l’endroit le plus incroyablement beau, paisible, serein, aimant que j’aie vu de toute ma vie. Il était empli d’un amour inconditionnel et d’une grande connaissance de l’univers. Non pas un savoir du genre : « Un et un font deux », mais la connaissance de la raison pour laquelle nous existons, de ce que nous sommes, de la vastitude de notre esprit, de notre être spirituel existant dans l’univers.

Je me sentais tout à fait à l’aise. Un être de lumière s’est approché de moi.  A mesure qu’il approchait, j’ai reconnu mon grand-père. Il était décédé cinq ans auparavant, je savais donc qu’il ne s’agissait pas d’une situation terrestre, mais d’une autre dimension. J’ai parlé à mon grand-père ; nous avons brièvement communiqué. Il m’a dit que tout allait bien se passer ; que c’était un endroit merveilleux, que je devais juste me détendre et accepter les choses telles qu’elles étaient.

Un peu plus loin, je voyais un paysage magnifique. J’étais proche d’une prairie, d’eaux pures, je voulais y aller. J’éprouvais le sentiment de devoir m’y rendre. Mais en le faisant, un autre être s’est approché de moi, il s’agissait à l’évidence d’un responsable, d’un dépositaire de l’autorité. Cette personne m’a dit que je ne pouvais pas continuer, que je devais repartir, retourner d’où je venais. Il m’a également dit que j’avais un dessein élevé à accomplir, qu’après l’avoir fait, j’allais revenir à cet endroit.

Il m’a aussi dit que, quoi qu’il arrive ce jour-là, je n’allais pas mourir, j’allais vivre une vie relativement longue et productive. Cela ne signifiait rien alors. En fait, j’étais attentif à ce qui était dit, mais je ne réfléchissais pas beaucoup à ce que j’avais laissé derrière moi. Je pense que tout était très flou, mais il m’a dit que tout allait bien se passer, que j’allais retourner à mon corps, quoi qu’il arrive j’allais m’en sortir.

En bon soldat, j’ai donc fait demi-tour et je suis reparti, je me suis retrouvé dans le couloir obscur m’éloignant de la lumière blanche. A nouveau j’éprouvais la paix et la sérénité. Mais à la différence de l’aller, en sortant de la lumière j’ai continué à baigner en elle. J’avais l’impression d’être environné par cette lumière blanche, cette paix, ce calme, cette sensation d’amour inconditionnel, le sentiment qu’il n’y avait rien à redouter, que tout se déroulait comme il se doit.

Je me suis donc réveillé, à nouveau sur le champ de bataille et conscient. Je saignais encore, mais je ne souffrais plus, je n’avais plus d’inquiétudes. Mon œil droit était tombé, mon visage était très gravement atteint, j’avais également été touché dans le bas du corps à droite. Tandis que je gisais sur le sol, pensant à me relever pour chercher de l’aide, j’ai hurlé à mes hommes de rester allongés. Un des hommes de mon groupe est sorti des buissons en rampant. On lui avait tiré dans la poitrine. Je l’ai allongé et lui ai retiré son paquetage. En le faisant, j’ai vu un grand trou dans le dos, là où la balle était sortie.

J’ai alors compris qu’il allait partir vers l’endroit d’où j’arrivais. Je l’ai donc pris dans mes bras, le regardant dans les yeux tandis qu’il agonisait. Il est mort dans mes bras.

J’ai alors vu son esprit s’élever hors de son corps. Cela ressemblait à un nuage blanc sortant de la tête et de la poitrine. Pendant un bref instant, nous avons communiqué par télépathie. Je savais qu’il allait à l’endroit d’où j’arrivais. Je lui ai dit que tout allait bien, de lâcher prise, d’y aller, qu’on allait s’occuper de tout, qu’il n’avait rien à faire. Il a paru à l’aise et en paix en partant. Quand son esprit est parti, je n’ai pas pu continuer à communiquer.

Par contre je baignais toujours dans la lumière blanche. Je continuais à me sentir bien alors que j’étais gravement blessé. Lorsque j’ai commencé à me relever, l’homme qui venait de tirer sur mon ami, mon camarade, est sorti des buissons et il a tiré sur moi à cinq reprises, dans le bras, la poitrine et le cou. J’ai vu les balles sortir au ralenti de son arme. Je les ai senties pénétrer dans mon corps. J’ai vu le sang, les chairs déchirées. Pourtant je n’étais pas inquiet, je n’avais pas peur, aucune inquiétude ; je continuais à baigner dans la lumière blanche. Je ne souffrais pas, l’impression d’agonie ne s’est pas reproduite. Il n’y avait en moi que la sensation de vivre, d’avancer. J’ai attrapé mon arme et j’ai riposté. Je ne crois cependant pas avoir atteint l’homme. Je pense lui avoir seulement fait très peur, car ensuite personne n’a tiré sur moi, personne ne m’a suivi.

Je ne sais comment, j’ai réussi à parcourir environ 300 mètres pour rejoindre mes hommes. J’ai traversé des haies, des rizières etc. sans que cela me fasse obstacle. Durant ce temps, je me suis vu moi-même, mes blessures. C’était comme si mon moi était dédoublé, l’un me regardant depuis l’extérieur de mon corps, l’autre voyant depuis l’intérieur. Je m’aidais moi-même à respirer, à stopper le saignement des plaies, je bandais mes propres blessures. Et pendant ce temps, cette force extérieure, cette partie externe de moi-même, cet esprit qui me regardait au dehors, voyait tout autour à 360 degrés.

Je voyais où se situaient les autres, j’ai pu marcher directement dans leur direction. Alors qu’il y avait des obstacles sur mon chemin, ces derniers ne m’ont pas gêné. Je les ai franchis sans dévier, j’ai traversé les haies sans problème, sans me préoccuper de devoir m’arrêter pour me frayer un passage.

Une fois arrivé, j’ai trouvé les infirmiers, le camion radio, l’autre commandant et son groupe. Quelques hommes se sont précipités, ils m’ont pris en main et l’esprit a immédiatement réintégré mon corps. J’étais serein ; à l’aise. J’entendais tout le monde paniquer autour de moi : « Oh ! On va déclencher une évacuation aérienne. Attention au bras ! Faites attention, ne le bougez pas trop. ».

Ils parlaient tous ; je les entendais. Je percevais la panique dans leur voix, pourtant j’étais parfaitement calme. Je voulais leur dire : « Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer. Je vais m’en sortir. ».

Mais je ne pouvais pas parler. La balle qui m’avait traversé le cou, m’avait aussi arraché les cordes vocales et endommagé le larynx. J’étais incapable de leur parler. J’ai donc simplement lâché prise et je me suis détendu. On m’a chargé dans un hélicoptère et transféré vers un hôpital de campagne. Là, on n’a pas vraiment pu faire grand-chose pour moi. J’ai été examiné puis on a conclu : « Cet homme n’est probablement pas sauvable. Nous en avons beaucoup d’autres à traiter. ». J’ai donc été mis de côté. Pour mourir en fait. Si jamais je vivais suffisamment longtemps pour être opéré, alors tant mieux, on le ferait.

Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé. Après une période dont j’ignore si elle fut longue ou courte, quelqu’un est venu et s’est exclamé : « Oh ! Il est toujours vivant. ». On m’a encore transfusé et posé d’autres perfusions. Quelques hommes de ma Compagnie sont venus pour m’identifier, je me rappelle les avoir vu et avoir voulu leur parler. Mais ils se sont juste assez approchés pour dire : « Ah ouais, c’est lui. C’est Bill. », puis ils sont partis.

Donc, quand les médecins se sont occupés de moi, ils n’ont pas vraiment pu faire grand-chose, ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient à l’hôpital de campagne, puis ils m’ont transféré vers un hôpital plus grand, où l’on a fait du mieux possible. Ensuite on m’a transféré vers un hôpital plus grand encore. Finalement on m’a transféré vers un navire hôpital dans le port de Da Nang.

A ce moment-là, j’en avais assez d’être allongé sur des brancard, des tables d’opération, j’étais alors tout à fait conscient. En fait, au cours de toute cette épreuve, je n’ai jamais perdu connaissance, sauf pendant l’EMI, quand je suis sorti du corps.

Sur le navire hôpital, on s’est contenté de m’installer et de charger un soldat de s’occuper de moi. Il a essayé d’enlever les bandages pour examiner mes blessures, il m’a transfusé davantage de sang et posé une autre perfusion. Il m’a demandé si je souffrais, il voulait m’administrer de la morphine. Je me suis contenté de secouer la tête négativement.

Par signes, je lui ai indiqué que je voulais un crayon et je lui ai écrit une note : « Je veux m’assoir. ». Je voulais me relever parce qu’il était plus confortable d’être assis qu’allongé, à cause de toutes les blessures à la tête et à la poitrine, pénibles en position couchée.

Il m’a donc aidé à m’assoir. Il n’était pas certain que je sois autorisé à m’assoir ou non, mais j’ai beaucoup insisté et il l’a fait. Quand le médecin est arrivé, j’étais assis sur la table d’examen. Il m’a observé, il a regardé mes blessures et il s’est mis à faire les cent pas tout en secouant la tête et en maugréant : « Vous ne devriez pas être là. Vous devriez être mort ! Regardez-vous ; c’est un désastre ! Et vous êtes là, assis sur ma table. ». Il était stupéfait.

J’ai donc écrit un petit mot lui expliquant ce qui s’était passé. Il l’a lu et je me souviens juste qu’on m’a anesthésié puis emmené au bloc pour soigner certaines de mes blessures du mieux possible. Il a fallu plusieurs semaines avant que je puisse quitter le navire hôpital au Vietnam. J’ai été envoyé dans un hôpital au Japon, où j’ai été à nouveau opéré. J’y suis resté un peu plus d’un mois.

Pendant toute la durée de cette épreuve, avant mon retour chez moi, l’esprit est resté avec moi (l’esprit de la lumière). J’ai continué à baigner dans la lumière et le sentiment que tout allait bien se passer. Quoi qu’il arrive, j’allais vivre, j’allais rentrer à la maison, j’allais mener une vie relativement normale et j’allais guérir de toutes ces blessures.

Les médecins n’étaient alors pas aussi optimistes que moi. Ils me considéraient d’un point de vue médical et déclaraient : « Vous n’allez pas vous rétablir, vous n’allez pas reparler, vous n’avez plus de cordes vocales. Il va probablement falloir vous amputer du bras gauche à cause de tous les dommages subis. Vous allez devoir respirer par un tube de trachéotomie toute votre vie… » et beaucoup d’autres pronostics négatifs, en tout cas c’était mon opinion. Pourtant, je vois aujourd’hui un homme à nouveau en relativement bonne santé. Je considère que je fonctionne comme une personne à peu près normale. L’esprit qui était avec moi, m’a guidé, m’a parlé, me disant que tout allait bien se passer.

Un soir tard, alors que j’étais allongé dans mon lit, on a installé un autre patient dans le lit en face du mien. Une infirmière est venue me voir en disant : « Demain matin au réveil, pourquoi n’iriez-vous pas discuter avec le garçon qui est dans le lit en face du vôtre ? Il a en fait des blessures très semblables aux vôtres, je pense que si vous alliez lui parler cela pourrait l’aider à les surmonter. ». En effet, comme je l’explique dans mon livre, je m’étais forcé à me lever, à être bien plus fonctionnel que mon état n’aurait dû le permettre. (00h 34mn 40s)

J’ai répondu : « Pas de problème, je vais le faire. Vous savez, j’écris des notes parce que je ne peux pas parler. C’est d’accord, je vais aller le voir demain-matin pour le réconforter. ». A mon réveil le lendemain, son lit était vide. Quand une infirmière est venue, j’ai écrit un mot pour demander : « Qu’est-ce qui est arrivé au gars dans le lit en face ? ». Elle a répondu : « Oh ! Il est mort dans la nuit. »

C’est alors que je me suis rendu compte de la gravité de mes blessures. D’une certaine façon j’étais différent, j’avais de la chance. J’avais cette lumière, cet esprit pour me guider. A l’évidence ce n’était pas son cas. Il avait lutté, mais il n’avait pas les mêmes prises que moi pour s’agripper à la vie. J’ai donc commencé à réaliser que mon expérience avait quelque chose de tout à fait particulier. J’ai voulu la partager, mais j’en étais incapable. D’abord parce que je ne pouvais pas parler, ensuite parce que mes tentatives pour la mettre par écrit ne fonctionnaient tout simplement pas.

Les mots n’existent pas dans notre langue, surtout pour un jeune de 19 ans ne disposant pas d’un vocabulaire étendu. Aucun mot n’existe pour décrire mon expérience. Comment expliquer à quelqu’un qu’on est allé dans une autre dimension de l’existence (ou au paradis si vous préférez), qu’on a parlé à Dieu ou à un être céleste ? C’est le genre de discours qui vous fait enfermer, si on se met à le tenir.

J’étais donc un peu réticent à m’exprimer sur le sujet. N’ayant de toute manière pas vraiment non-plus la capacité de communiquer, je ne m’y suis pas efforcé.

Après environ une année d’hôpital, j’ai pu sortir un peu plus. L’armée m’avait réformé, en fait on a été généreux envers moi en m’accordant une retraite complète au grand-âge de 19 ans. On m’a envoyé dans un hôpital de la VA (Veteran’s Administration). Là, j’ai retrouvé la même attitude négative à l’égard de mon rétablissement. Pourtant j’étais tout à fait conscient que j’allais me rétablir d’une manière ou d’une autre. Que j’allais, sans que je sache comment, réapprendre à parler, que j’allais pouvoir utiliser mon bras à nouveau et que je n’allais pas devoir respirer à l’aide de tuyaux.

Il est difficile d’expliquer comment je le savais. Je n’ai pas eu de vision, ni entendu des voix. J’avais juste le sentiment de le savoir. C’était un sentiment, presque une émotion, m’indiquant que tout allait bien se passer.

Finalement, je suis effectivement sorti de l’hôpital. Un jour je suis allé voir un médecin pour lui demander : « Que va-t-il se passer si j’enlève ce tuyau de ma gorge ? ». En fait je l’ai écrit sur un mot. Il m’a regardé en disant : « Vous allez mourir. ». Je ne savais pas quoi répondre, je lui ai donc écrit un petit mot, j’ai retiré le tube de ma gorge et je l’ai posé sur son bureau. J’avais écrit : « Adieu, je rentre chez moi pour mourir. ». Je suis sorti et j’ai quitté l’hôpital.

Ce n’était pas seulement un acte de foi. J’étais allé à la bibliothèque pour étudier un peu les tissus de la gorge, ce qui se passe quand on retire un tube de trachéo, comment ils guérissent, le fait qu’on n’a pas besoin de faire des points, qu’ils vont guérir tout seuls si on ne fait rien. La plaie va se refermer, commencer à guérir après quelques heures. Je suis donc tout simplement parti. J’avais de la gaze que j’ai mise sur le trou et je suis rentré chez moi.

Je n’y suis pas retourné, si ce n’est pour de la chirurgie plastique. On m’a reconstruit le visage et posé un œil artificiel. On a utilisé du cartilage d’une banque de cartilage pour reconstruire mon visage, afin qu’il soit très semblable à ce qu’il était avant les blessures. J’ai repris le cours de ma vie.

Je voulais parler de mon EMI, de la décorporation. A l’époque, je ne connaissais même pas le mot. En fait, je n’ai entendu l’expression « expérience de mort imminente » qu’en 1989. J’ai été blessé et j’ai vécu l’expérience en 1969, 20 années se sont donc écoulées avant que j’entende ces termes.

Au cours des trois premières années environ, j’ai fait des tentatives pour en parler, les gens voulaient vraiment ne rien entendre. Ils voulaient bien parler un peu de la guerre, de ce qui s’était passé, mais ils ne voulaient pas entendre parler de mes délires. Pour ainsi dire, ils me repoussaient quand j’en parlais.

En 1969, 70, 71, les jeunes n’étaient pas dans cet état d’esprit, ils n’y étaient pas ouverts. La culture était très différente. J’ai donc fini par cesser de parler de l’expérience, j’ai arrêté d’y penser, je l’ai tout simplement sortie de mon esprit et j’ai essayé de vivre le rêve américain. Je me suis donc marié, j’ai acheté une maison et j’ai tenté de faire tout ce que font les gens normaux, menant la vie que j’avais vraiment cru vouloir avant de m’engager.

Mais les choses ne sont pas bien passées. Pour diverses raisons mon couple ne fonctionnait pas bien. Nous avons eu un enfant, ce qui n’a pas paru améliorer notablement la relation. Nous avons fini par divorcer, j’ai vendu la maison ; en fait j’ai changé d’Etat, j’habitais en Californie et j’ai déménagé dans l’Etat de Washington, principalement pour des raisons professionnelles.

Je n’avais toujours pas vraiment raconté mon expérience. J’y pensais pourtant souvent en traversant cette période difficile. A cause de mon vécu lors de la guerre, je subissais également ce qu’on appelle « syndrome de stress post traumatique ». Tous ces traumatismes, pas seulement les blessures que j’avais subies, mais la vision des autres blessés et tués, avoir dû ôter une vie humaine etc. cela m’affectait profondément. Je faisais des cauchemars et cela me rendait malheureux. J’ai donc suivi des traitements, mais je n’ai jamais parlé de la décorporation, j’ai par contre beaucoup parlé de la guerre, de ce qui s’était passé.

Je l’avais toujours à l’esprit, je m’en souvenais mais l’EMI était plutôt distante. Ma vie s’en allait vers le ruisseau. Je ne savais pas où aller. Je venais de perdre mon travail. J’étais dans un Etat où ne se trouvaient ni ami, ni famille. Je ne voulais pas retourner en Californie. Quelque chose me disait, quelque chose en moi me disait : « Reste ici, reste dans l’Etat de Washington, reste à Seattle. »

Une petite voix me disait que je devais opérer certains changements. Je ne comprenais pas vraiment. J’en ai parlé à des gens. Je ne voyais pas vraiment de quoi il retournait. Je restais dans mon petit appartement, je n’avais plus de travail depuis environ six mois, je commençais à avoir des difficultés financières, les choses allaient plutôt mal. Je me trouvais dans ce petit appartement miteux quand j’ai entendu frapper à la porte. J’étais vraiment déprimé, très probablement tout proche du suicide, de retourner dans la lumière où je savais que régnaient la beauté, la sérénité, où tout était merveilleux.

On a frappé à la porte et j’ai pensé que la dernière chose que je voulais, c’était parler à quelqu’un. J’ai hésité un instant, on a frappé à nouveau et je me suis dit : « Bon ! Je vais voir qui c’est. ». J’ai ouvert la porte, c’était une représentante d’Avon (vendeuse itinérante de cosmétiques). Je me suis dit que je ne voulais pas parler à cette personne, mais elle a insisté pour me parler et entrer.

Nous nous sommes donc assis, elle a regardé autour d’elle, semblant réaliser que je n’allais probablement pas bien. Mon appartement était mal rangé, j’avais peu de meubles et d’affaires. Elle a commencé à me parler de son Eglise. J’ai dit que je n’étais pas un gars très pieux, je ne voulais pas trop entendre parler de son Eglise. J’ai donc cherché un moyen de me débarrasser d’elle.

Elle s’est mise à me parler de groupes de célibataires auxquels cette Eglise proposait une retraite. Peut-être aimerais-je participer, je pourrais rencontrer des gens intéressants, en quelque sorte me rapprocher de Dieu. Elle avait le sentiment que j’avais besoin de m’unir à nouveau à mon esprit. Elle m’a finalement poussé à accepter cette retraite, alors que je ne le voulais pas et que je cherchais un moyen de me défiler. Elle m’a dit que cela allait me couter soixante dollars. J’ai pensé : « Ah, ah ! Voilà mon prétexte. ». Je lui ai rétorqué : « Alors, je ne peux pas y aller parce que je n’ai pas soixante dollars pour payer le stage. »

Elle m’a répondu : « Eh bien, mon mari et moi paierons le stage pour vous. Nous proposons de payer pour les gens qui n’ont pas les moyens. ». J’étais coincé ; il fallait que j’aille à ce truc ! Je me suis rendu à l’église un vendredi matin, un bus nous attendait pour nous emmener dans un endroit en pleine nature où devait se dérouler la retraite. Je me suis forcé à y aller. Sachant que cette dame avait versé soixante dollars, je me serais senti coupable si je n’y étais pas allé. J’ai donc décidé que je devais y aller.

Je suis resté silencieux dans le bus à l’aller. Je n’ai pas vraiment parlé à qui que ce soit, me disant que j’allais demeurer à l’écart. Nous sommes arrivés tard le soir, nous avons dîné et sommes allés nous coucher.

Le lendemain matin, je me suis levé relativement tôt. Je suis allé me promener et me suis assis sur un tronc, il y avait une magnifique prairie, une brume légère, de la rosée sur l’herbe au bord de la prairie. Une famille de daims est arrivée dans la prairie et j’ai pensé : « C’est d’une beauté inouïe, je veux partager cela avec quelqu’un. ». On aurait dit une carte postale : un paysage incroyablement beau, une magnifique expérience en observant les daims, j’ai commencé à être davantage en contact avec mon esprit.

J’ai eu le sentiment de devoir ramener la lumière dans ma vie, suivre l’esprit qui me disait d’aller parler aux gens, me réorienter professionnellement. C’est ce que j’ai fait. J’ai effectivement rencontré des gens très sympathiques et je leur ai parlé. Je ne leur ai pas directement raconté mon EMI, mais j’ai commencé à parler de mon esprit, de la spiritualité, ils ont paru comprendre ce dont je parlais, même s’ils étaient jeunes.

Ce fut donc une bonne méthode. Je m’étais reconnecté à mon esprit. Encore une fois, ces choses qui nous arrivent au cours de la vie et auxquelles nous ne nous attendons pas, elles prennent un sens et une valeur quand nous devons accepter la situation telle qu’elle est, comprendre que nous avons des opportunités de croître, mais pas souvent d’une manière à laquelle nous sommes vraiment ouverts. Comme la dame de chez Avon, je n’étais absolument pas ouvert à ce qu’elle avait à dire, j’avais pourtant besoin de l’entendre, il fallait que j’aille à cette retraite.

Je suis rentré chez moi, j’avais l’impression de disposer d’une énergie renouvelée. Je suis sorti pour chercher du travail, j’ai consulté un conseiller d’orientation. Je croyais trouver quelqu’un qui allait m’aider à trouver du travail, j’étais en train de lui parler quand j’ai entendu une petite voix me dire : « Il faut que tu parles aux gens. ». Je me suis rendu compte que c’était ce que le conseiller faisait pour gagner sa vie, il parlait aux gens. Je lui ai donc dit : « Eh bien, en fait je veux votre travail, je veux faire comme vous. ». Il s’est contenté de plus ou moins se moquer de moi, à cause de ma formation de mécanicien automobile. J’avais travaillé quelques années dans l’industrie automobile avant d’être licencié.

Mais je me suis dit que je n’allais pas abandonner. Il a persisté à me dire que je devais retourner dans l’industrie automobile. En fait il a raccroché après m’avoir pris un rendez-vous pour ce qui paraissait être une offre alléchante, on aurait dit que j’étais parfaitement adapté à ce travail. Je suis donc allé à l’entretien, j’ai rencontré le recruteur et nous avons discuté dans son bureau. Puis il m’a dit : « Bill, vous êtes le meilleur candidat que nous ayons reçu aujourd’hui. Vous êtes parfaitement qualifié pour ce poste. Vous êtes vraiment le genre de personne que je souhaite employer, mais vous savez, je pense que vous êtes davantage fait pour les services sociaux. »

Je me suis dit : « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » Les services sociaux, je n’avais jamais imaginé m’orienter vers les services sociaux. Je n’arrivais même pas à imaginer d’où venait cette idée. J’étais tellement ébahi que je ne lui ai même pas demandé ce qui lui faisait dire cela. Je me suis contenté de le remercier et je suis parti. J’ai réfléchi aux services sociaux. Parler aux gens, c’est ce que font les employés des services sociaux, ils leur parlent et ils les aident.

J’ai donc réfléchi et je me suis dit : « Je crois bien que c’est ce que je veux devenir : Conseiller. » J’avais bénéficié de conseils pour mon syndrome de stress post traumatique. Je suis donc allé l’association des vétérans pour obtenir de l’aide. Je voulais une réorientation professionnelle, retourner à l’école, obtenir un diplôme. Je savais que ma formation de mécanique auto n’allait pas m’emmener très loin dans le domaine du conseil.

On ne m’a pas beaucoup aidé, on n’arrêtait pas de me contredire, me disant qu’on m’avait déjà envoyé en formation pour apprendre la mécanique auto, on n’allait pas m’envoyer en formation de conseil, surtout avec ma voix. C’était une douzaine d’année après la blessure et elle n’était toujours pas fantastique. Je luttais toujours pour parler, on ne voulait donc pas investir sur moi.

Je suis donc allé me plaindre. Je me suis rendu au bureau régional de l’association des vétérans pour me plaindre aux gens de la réorientation professionnelle. Je suis entré dans le bureau en disant que je voulais parler au patron. Le gars a plus ou moins ricané en disant : « Bon, je sais à qui vous allez pouvoir parler. ». Il m’a envoyé dans un bureau à peu près de la taille d’un placard. Je me suis rendu compte que ce n’était pas le patron, le type à qui je parlais se situait très loin du sommet de l’organigramme.

Je me suis dit : « C’est juste un sous-fifre, je vais lui faire savoir ma façon de penser. ». Je lui ai donc expliqué en long, en large et en travers, je n’ai pas été aimable avec lui. Après que j’aie terminé, il m’a regardé en disant : « Bien ! Avez-vous déjà pensé à devenir conseiller ? ». Je me suis dit : « Oh mon Dieu ! Qu’est-ce que ça vient faire là ? ». Je viens de maltraiter ce gars, d’être mal aimable avec lui et il me demande si j’ai déjà pensé à devenir conseiller. J’ai répondu que c’était évidemment ce qui m’intéressait, que c’était ce que je voulais.

Il m’a effectivement pris rendez-vous pour un entretien et, en dépit de ma formation, j’ai été embauché comme conseiller. C’est une de ces choses qui sont censées se produire. Une fois de plus, ce fut un des évènements qui m’ont entrainé sur cette voie spirituelle.

J’ai d’abord été employé comme conseiller d’orientation par l’Etat de Washington. Je croyais que j’allais devoir reprendre une formation, mais j’ai été viré avant de pouvoir le faire. C’était un grand scandale, des actes illégaux avaient été commis et j’ai été licencié alors que je n’avais rien fait. J’ai été reconnu innocent et réintégré par la suite. Mais une fois encore, cela m’a mis sur la voie vers un autre de mes souhaits : travailler en psychiatrie.

J’ai encore cru devoir reprendre ma formation et obtenir un diplôme avant de pouvoir le faire, mais deux semaines après avoir été licencié, on m’a appelé. Mon interlocuteur m’a demandé si je voulais devenir conseiller dans sa clinique.

Cette clinique traitait les vétérans du Vietnam souffrant de stress post-traumatique. J’ai répondu : « Bien-sûr ! ». J’ai pris cet emploi qui n’était que temporaire, j’attendais toujours de reprendre mon travail dans le public. Plusieurs personnes sont venues me dire : « Vous êtes un bon conseiller, vous devriez travailler pour le nouveau programme initié par l’hôpital VA American Lake. Ils vont traiter en hospitalisation le stress post-traumatique de vétérans du Vietnam. Il paraît que les dirigeants sont très bien, ce doit être un bon employeur. ». Au début je répondais : « Non, je ne veux pas faire ça. Je veux vivre à Tacoma, je ne veux pas aller là-bas. C’est sans-doute un bon job, mais je veux retrouver mon emploi dans le public, ce sera très bien pour moi. »

Après avoir entendu le même discours tenu par quatre ou cinq personnes différentes, j’ai finalement cédé. Cette parole vient d’en haut, c’est l’esprit qui me parle. Je dois y prêter attention, c’est important. J’ai donc appelé le responsable du programme : « Je m’appelle Bill VandenBush. Je suis conseiller. J’aimerais travailler pour vous. ». Evidemment, il m’a engagé.

Voilà, j’étais devenu conseiller. Tous ceux avec qui je travaillais possédaient un master, un doctorat un diplôme en médecine. Et moi j’avais un diplôme de mécanique automobile. Je me suis dit : « Alors là c’est bizarre, c’est un truc vraiment bizarre. » Mais à l’époque, j’avais appris à simplement lâcher prise, à nager dans le sens du courant. J’ai pensé à retourner à l’école pour obtenir un doctorat en psychologie. J’ai posé ma candidature dans plusieurs écoles et j’ai été accepté. Plusieurs personnes m’ont dit : « Vous savez, peut-être qu’il faut vraiment que vous travailliez dans le social. Pourquoi ne passeriez-vous pas un master en travail social ? » Je me suis dit : « D’accord, je peux faire ce genre de chose. »

Une fois de plus, les gens m’ont quasiment mis à l’école et inscrit. J’ai été tout simplement admis. Les autres étaient sur liste d’attente, moi j’avais les emplois, j’étais admis. Je suis allé dans des endroits que je n’aurais jamais pensé fréquenter. Je suis retourné à l’école, j’ai obtenu un bac de psychologie, puis j’ai continué par un master en travail social.

C’était très étrange pour moi car en repensant à ce que j’attendais de la vie, à ce que j’avais vécu, ces choses ne m’avaient jamais traversé l’esprit. En fait, l’école n’avait pas été une priorité pour moi. Je n’avais pas été bon élève au lycée, en le quittant j’avais dit ne plus vouloir y remettre les pieds. Et voilà ! En un peu plus de trente ans depuis, j’ai passé la plupart du temps en classe. Les évènements ont donc pris une tournure étrange.

Et tout a découlé de l’EMI. En fait, j’ai entendu l’expression « expérience de mort imminente » pour la première fois quand j’étudiais pour le master. Je suivais un cours traitant de la vie et de la mort : comment nous, les vivants, gérons les mourants, quelles sont nos réactions, ainsi que nos réactions vis-à-vis du deuil d’êtres chers etc.

Le professeur a dit : « Je veux que vous-vous répartissiez en petits groupes et que vous parliez de vos expériences les plus fortes concernant la mort. » Je me suis demandé si je devais raconter mon histoire. Devais-je parler de mon EMI ? Je l’ai fait, j’ai relaté ma décorporation au Vietnam. Personne n’a ri, personne ne m’a critiqué. Et j’ai apprécié.

Le professeur a déclaré : « Ce que vous avez vécu s’appelle une expérience de mort imminente. Vous devriez rencontrer une personne qui connaît bien le sujet. Elle anime un groupe à Seattle pour les gens qui ont vécu ce genre d’expérience. Elle s’appelle Kimberly Clark Sharp ; voici son numéro de téléphone. » Il m’a tendu un article de journal la mentionnant, ainsi que son numéro de téléphone, en disant : « Appelez-la. ». Comme la plupart des gens j’ai répondu : « Oui, oui. » et je n’ai pas pris la peine de le faire.

Environ une année s’est écoulée (sans évoquer l’expérience), dans une bibliothèque j’ai alors vu une affiche qui annonçait une réunion sur le sujet. Je me suis dit que c’était ce dont le professeur avait parlé, peut-être fallait-il que j’y aille. J’y suis donc allé, une dizaine de personnes était présente, c’était une petite réunion dans une bibliothèque de Tacoma. J’ai raconté mon histoire. Les premiers mots du responsable ont été : « Il faut que vous rencontriez une personne, elle s’appelle Kimberly Clark Sharp. » Je me suis dit : « Eh bien ! C’est devenu une évidence. Il faut que j’écoute ce qui se passe autour de moi, c’est l’esprit qui me parle. »

Une réunion plus importante d’expérienceurs et de gens de Seattle avec un thème (inintelligible) était prévue. J’y suis donc allé et j’ai rencontré Kimberly Clark Sharp, nous avons parlé quelques minutes. La réunion a commencé et elle m’a demandé si je voulais aller sur scène pour raconter mon histoire. Je ne l’avais racontée qu’une fois auparavant, je l’ai refait et tout le monde a semblé très intéressé. Je me suis dit : « Il y a une force ici, il y a une force dans cette pièce, quelque chose se passe quand je raconte cette histoire. »

J’ai donc participé à d’autres réunions et je me suis retrouvé dans des émissions de télévision et de radio, les journaux et les magazines publiaient des articles sur moi ; j’ai parlé lors de conférences et de réunions, les évènements suivaient leur cours, je n’avais rien à faire. Mais c’était toujours très positif. Chaque fois que j’en parlais, mon esprit croissait, tout comme celui des personnes autour de moi.

J’ai suivi l’esprit, je me suis efforcé de l’intégrer dans ma vie, quand l’esprit m’appelle, j’y vais. Je ne me pose pas de questions, je me contente d’y aller, même si cela ne semble pas toujours la meilleure chose à faire.  Et parfois ce n’est pas toujours la meilleure chose à faire à court terme. A long terme, cela s’avère toujours la meilleure chose à faire. C’est généralement un peu… mystérieux en ce qui concerne le véritable sens, notre cheminement, la destination de cette voie, ce n’est pas toujours clair. Mais quand on sait ce que nous dit l’esprit, il est clair qu’on doit le suivre, même si on ne sait pas où on va.

J’ai suivi l’esprit, il m’a ramené à l’école, me conduisant vers une merveilleuse carrière dans le secteur de la santé mentale, afin de traiter des personnes souffrant de maladies mentales graves et de développer des programmes de soins à leur intention. Et avec un grand succès des traitements permettant à ces personnes de retrouver leur indépendance, de vivre hors de l’hôpital et de retrouver une qualité de vie.

J’ai commencé à ressentir un besoin de changement, il fallait que je fasse quelque chose de nouveau. Les voix de l’esprit m’exhortaient à partir ailleurs, à quitter mon travail et à écrire un livre. C’était très angoissant parce que je gagnais bien ma vie, l’idée de prendre une retraite anticipée et de partir était effrayante. Mais l’esprit m’appelait et je l’ai suivi. J’ai pris ma retraite le 5 mars, ce qui fait environ quatre ans (je viens juste de m’en rendre compte).

Cet esprit, en dépit de tous les moments difficiles, m’a amené ici pour écrire ce livre, pour raconter mon histoire, pour mentionner les détails, pour parler de l’esprit et de cette force spirituelle en moi qui m’a guidé, qui m’a fait quitter la condition de personne gravement blessée, incapable de parler, menacée de perdre un bras, de probablement mener une vie d’hospitalisation, de ne peut-être pas vivre très longtemps, pour devenir une personne en bonne santé physique, capable de parler, d’utiliser le bras gauche, sociabilisée à un niveau tout à fait normal et même capable d’écrire un livre. Au lycée, j’ai échoué en Anglais quatre années de suite. Au collège, ma façon d’écrire était probablement la plus critiquée, jugée détestable. Mais l’esprit a dit : « Ecris un livre. »

Je suis donc devenu écrivain sur le tas. J’ai appris à coucher sur le papier mes pensées, mes sentiments et mes émotions, à les exprimer de façon à ce que les autres comprennent. Le résultat, c’est que je suis maintenant un auteur publié.

Je ne crois pas avoir seulement imaginé cela quand j’étais jeune-homme, à l’école, au lycée puis en devenant adulte. Je n’avais jamais pensé obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur, travailler dans la santé mentale, écrire un livre, m’exprimer en public. Je suis orateur depuis pratiquement vingt ans, je n’avais jamais imaginé le faire, ni que ma vie allait m’y conduire.

Mais c’est là que l’esprit m’a amené. Je n’ai pas toujours eu le choix, c’est l’esprit qui a décidé. Pour que j’y prête attention, il y a eu des exhortations, de l’apprentissage. Je pense qu’on peut tous le faire, on peut prêter attention à l’esprit en soi. On peut trouver cet endroit où on est guidé, on est suffisamment conscient des exhortations à suivre un chemin et trouver son dessein sur terre, ce qu’on doit faire et pas seulement pour soi-même, cela concerne toujours tout le monde autour de soi, soi-même compris. L’une des leçons majeures que j’aie apprises, c’est qu’à chaque fois que je suis l’esprit, à chaque fois que je parle aux gens, ils sont guéris, ils grandissent.

Hier soir j’ai parlé à l’université de Washington sur un thème plutôt aride concernant le handicap, la justice sociale, la façon dont les handicapés s’intègrent dans notre société. J’ai malgré tout raconté mon histoire, j’ai un peu parlé de l’esprit. Mon intervention a suffisamment ému les gens pour qu’ils racontent certains évènements, qu’ils parlent de certaines de leurs expériences avec l’esprit. Alors qu’étant jeune-homme on me dissuadait d’en parler, tout à coup tout le monde veut l’entendre, tout le monde veut savoir. Et c’est très bien, je n’en suis pas amer. Le temps est venu d’en parler, de raconter cette histoire, de parler ouvertement de l’esprit. Et si les gens ne veulent pas écouter, aucun problème ! Personne n’est forcé.

Dans mon livre, à la dernière page, j’indique que les paroles de mon livre constituent mon don, c’est mon cadeau pour vous. En effet, je ne vais pas tenter de vous forcer à croire quoi que ce soit, je ne vais pas essayer de vous convaincre, ni de vous vendre une quelconque conception divine, spirituelle ou religieuse, j’offre simplement mon histoire gratuitement. Vous pouvez en faire ce que vous souhaitez, absolument ce que vous voulez. Vous pouvez l’oublier, la supprimer, vous n’avez pas besoin d’acheter mon livre. Ce récit est à vous, gratuitement, pour en faire ce que bon vous semble. En le donnant, en donnant cet esprit je grandis, car tous ceux qui l’acceptent grandissent également. En le donnant, j’obtiens un retour, un retour et une force spirituels que je garde avec moi chaque jour. Cela m’aide à croître, à devenir meilleur. Merci pour votre attention.